Les Strip-Tease de Xavier Diskeuve

Jacques le garçon de ferme taciturne est inspiré par un personnage de... Lucky Luke.

Le Namurois Xavier Diskeuve, journaliste à Vers l’Avenir, compile ses trois courts métrages en DVD. Une œuvre cohérente, construite sur le burlesque autant que le sociologique. Interview et extraits de la trilogie en vidéo.

"La Chanson-Chanson", "Mon Cousin Jacques", "Révolution", trois courts métrages primés dans les festivals du monde entier, du Québec à l'Europe de l'Est. Fonctionnant comme une trilogie anti-naturaliste burlesque, ils sont réunis sur DVD. Leur auteur Xavier Diskeuve nous parle de leur éclosion avant de s'envoler au festival de Sitges, près de Barcelone. Il y représente la Wallonie au sein d'un campus qui réunit les producteurs de toutes les régions d'Europe.

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(Photo EdA)

Xavier Diskeuve, vous êtes journaliste: une influence sur votre travail de réalisation? 
Le journalisme, c'est voir des gens et des lieux où on ne mettrait jamais les pieds. C'est donc un job qui nourrit votre itinéraire. Dans mon cas, comme je n'ai pas une imagination pure, je suis allé vers la fiction via la nouvelle puis le scénario, où j'ai recyclé des personnages et des situations ressenties dans le cadre du journalisme. Tant dans l'aspect «reportage», que dans la dynamique et les conflits humains caractéristiques de la vie en entreprise. 
Le journalisme m'a aussi permis d'aller sur des tournages. Grâce à la présence de Poelvoorde, j'ai été envoyé quatre jours par le journal sur le tournage des «Randonneurs» en Corse. En 1996. Pas grand-chose à faire si ce n'est observer. Quatre jours pour mieux comprendre le rôle du réalisateur, sentir le rythme d'un tournage et la complémentarité de l'équipe technique. C'est après cela que je me suis dit, «oui, tiens, je pourrais peut-être le faire»... 
 
Jamais envie de filmer l'actu belge? 
Si mais je ne suis pas du tout attiré par le documentaire. Je suis impatient : je préfère zapper via l'écriture d'articles. Pour une fiction, les délais de réalisations risquent d'aboutir à un film périmé par rapport à l'actualité. Cela dit, j'ai un projet de scénario sur une troupe de théâtre itinérante, qui vivote. Elle se retrouve à jouer pour des francophones en Flandres, quasi dans la clandestinité. 

 
 
Vos films sont un peu du Strip-Tease fictionnel, non? 
On peut franchement dire à l'inverse que certains Strip-Tease fonctionnent comme des fictions. Mais il y a dans la démarche Strip-Tease un cachet naturaliste dont je ne me sens pas capable. Je construis mes histoires sur des dynamiques de comédie classiques, dans un univers peut-être «strip-teasien» mais avec une mise en scène qui tend vers le dérisoire et le burlesque.
 
Jacques est trait d'union entre les trois films, même s'il ne s'appelle plus Jacques dans le dernier. D'où vient le personnage? 
Il est apparu lorsque je tentais de transformer ma nouvelle «Pascal Sevran» en scénario de film. On m'avait suggéré un fort contraste entre le chanteur, extraverti et ringard, et celui qui le conduit. Jacques est lié aussi à l'envie de faire tourner François Maniquet. Il avait des répliques, puis on l'a rendu muet. J'ai repensé à un personnage de «La Caravane» de Lucky Luke. Un conducteur de chariot qui ne prononce que des jurons, avant de chanter une chanson délicate à la dernière page.

Arrive «Mon Cousin Jacques»…
Avec une évolution : pour rencontrer une fille, Jacques est presque obligé d'apprendre à parler. Jacques devient Jean-Louis dans le troisième court. Le personnage n'est plus d'origine paysane. C'est un fonctionnaire de banlieue urbaine. Mais à nouveau introverti, inhibé par son éducation catholique. Au point qu'il refoule sa propre identité sexuelle....
 
Certains personnages sont encore plus misérables que Jacques... Une culture de la ringardise?
 
Ils sont ringards, pathétiques, mais ont tous envie de quitter leur carcan. J'ai aussi des personnages moins ringards mais pas moins pathétiques: les petits couples de fiancés de «Mon Cousin Jacques» ou le Père Charles, curé séducteur et manipulateur. Jacques/Jean-Louis étant très introverti, il faut des figures truculentes pour animer le film autour de lui.
 
Le virage du troisième film est spectaculaire: aucun dialogue. 
Pour «Révolution», l'idée était de faire un objet filmique stylisé, et de montrer qu'avec mon équipe, on pouvait aussi «assurer» sur le plan formel.

Pourquoi la sexualité pour marquer le changement, le bouleversement? 
Par hasard, puisque le scénario est né de la participation à un concours de Canal+ France, «Révolution - 10 minutes pour changer de monde». Je me suis dit qu'il fallait prendre le contre-pied et raconter une toute petite révolution. L'idée s'est imposée d'un ménage où il ne se passe rien. Et un jour, madame a un orgasme. C'était un défi original de parler de sexualité via le burlesque. Chez Tati, les personnages sont presqu'asexués. C'était amusant de faire du Tati sur un thème graveleux.
 
Pas facile, le cinéma en Wallonie, quand on ne s'appelle pas Dardenne... 
Même pour les Dardenne, ça n'a pas été facile. Avant de trouver la formule magique et de gagner des palmes, ils se sont fourvoyés dans des coproductions franco-belges avec distribution mixte. En revenant à un projet modeste, avec des acteurs belges sortis de nulle part, ils ont créé une identité dix fois plus forte. Ils font du drame, mais on peut reproduire la même démarche sur le terrain du décalé, de la comédie voire du polar burlesque.
 
A quand le long? 
Je travaille sur diverses idées. Je teste l'intérêt qu'elles suscitent. Une course d'escargots: les projets avancent lentement en parallèle. Et on verra bien lequel gagne...
 
Trois mots pour vous décrire. 
Bougon, opiniâtre, célibataire.

(J. R.)

"Révolution, Mon Cousin Jacques, La Chanson-Chanson, 3 courts métrages de Xavier Diskeuve". Come & See coll. Courts, Cinéart.