FERNAND ET ANNE-MARIE TASIAUX

« On ne sait plus faire de pression »

« On ne sait plus faire de pression »

Entre défendre les intérêts des agriculteurs et des agricultrices, y a-t-il tant de différences ?Anne-Marie : On défend tous les deux les mêmes choses : le revenu des agriculteurs. À l'UAW, on a peut-être des missions plus sociales et féminines.

La fusion des syndicats agricoles en 2001 a-t-elle changé le cours des événements ?Fernand : Il n'y a pas eu de grosse différence. La fusion est tombée en plein dans la réforme de la PAC. Le syndicalisme agricole a évolué plus par la diminution du nombre d'agriculteurs et la spécialisation des métiers. Le problème maintenant, c'est qu'on ne sait plus faire de pression : tout est à l'Europe.

Les mentalités ont évolué ?A-M : Les agriculteurs sont devenus plus individualistes. Il y a moins de solidarité, moins d'idéal syndical.

F : Les agriculteurs comptent plus sur eux-mêmes.

N'est-ce pas aussi lié à une évolution de la société ?A-M : Avant, il n'y avait que les réunions comme sortie. Aujourd'hui, il y a de moins en moins de femmes dans les exploitations. On a aussi perdu beaucoup de notre indépendance car on s'occupe de plus en plus de l'administratif.

F : Les gens n'ont plus le temps. Ou ne se donnent plus le temps...

Manifester, c'est plus le sort des hommes ?A-M : Maintenant, il y a de plus en plus de femmes qui manifestent.

F : Le mouvement est un peu machiste A-M : En agriculture, on est loin de l'égalité homme-femme. On a toujours dû se battre pour avoir notre place.

L'Union des agricultrices, c'est un mouvement féministe ?A-M : C'est un mouvement réaliste ! On a pu compter deux grandes victoires : celle d'avoir obtenu pour les femmes le statut de conjoint aidant en 2005. Et en 2008, la cotitularité des droits de production. Avant, on était juste bonnes à signer les emprunts sans aucune forme de reconnaissance.

Avec la grève du lait en 2009, la crise a divisé les agriculteurs.A-M : 2009, c'est le plus mauvais souvenir ! F : La FWA n'a pas poussé à la grève du lait parce qu'on était persuadé que les autres pays d'Europe ne bougeraient pas. On n'a pas freiné le mouvement, on a laissé les gens libres. On ne voulait pas leur dire de jeter leur salaire.E. H.