Eddy Merckx: "Milan-San Remo n'est pas une loterie"

Eddy Merckx: "Milan-San Remo n'est pas une loterie"

"Je pense qu'il est impossible de gagner sept fois le gros lot avec le même ticket gagnant. Pour moi, Milan - San Remo n'a pas le droit de traîner cette réputation d'une course pour sprinters." (photo Reporters)

Eddy Merckx, sept fois vainqueur de Milan-San Remo, peut parler pendant des heures de cette course très spécifique par sa longueur.

Pour s'imprégner de la magie d'une course comme Milan-San Remo, il suffit peut-être de grimper le Poggio, le célèbre balcon de la cité des Fleurs, de s'arrêter en haut à Nostra Signora della Guardia, de pénétrer dans ce sanctuaire rendu glacial par les frimas de l'hiver qui se termine. On a pris l'habitude d'y brûler un cierge, comme pour demander la protection de ceux qui, dans quelques jours, passeront là-haut, sans un regard pour cette Signora, qui, pourtant, a vu défiler des centaines de coureurs avant qu'ils ne plongent sur San Remo.

C'est aussi à cet endroit, alors que se dessine un faux plat, qu'Eddy Merckx a façonné la plupart de ses victoires sur la Classissicima.

Eddy n'en tire que pour seule gloire que de détenir le record absolu de victoires sur la course de la Saint-Joseph : sept. Soit une de plus que Girardengo, le coureur italien détrôné en 1976 par Merckx.

D'ailleurs, les Italiens l'ont bien compris : Eddy, lorsqu'il est invité sur la Via Roma, terrain de ses exploits répétés, n'a pas assez de ses deux mains pour saluer tous ces tifosi qui le reconnaissent, l'admirent et veulent toucher celui qui a fait la légende de Milan-San Remo.

La Via Roma ? La course ne s'y termine plus depuis que les commerçants ont signé une pétition, se plaignant que leurs magasins ne pouvaient ouvrir le jour de la Primavera.

« Je le regrette, avoue Eddy. Cette rue faisait partie du mythe. Pour des millions de gens, cette Via Roma, artère somme toute banale dans une ville comme San Remo, se transformait subitement dès que les caméras entraient en action. La télévision a en effet contribué à donner à cette artère un cachet qu'elle ne possède pas. » Eddy est ainsi capable de désigner l'ancienne ligne d'arrivée, une bande blanche tracée sur la route qu'il a franchie en vainqueur à sept reprises, soit en 1966, 1967, 1969, 1971, 1972, 1075 et 1976.

Encore une fois, il ne faut pas parler à Merckx de ce caractère aléatoire de la course. « Non et non, Milan-San Remo n'est pas une loterie, s'exclame Eddy. Si c'était le cas, je devrais jouer plus souvent au Lotto. Je pense qu'il est impossible de gagner sept fois le gros lot avec le même ticket gagnant. Pour moi, Milan - San Remo n'a pas le droit de traîner cette réputation d'une course pour sprinters. Quand elle se termine par un sprint massif, c'est parce que personne ne sort du lot ou que la course n'a pas été assez dure. Comme, l'an passé, par exemple, même si j'ai une profonde admiration pour Cavendish. » Eddy pense en effet que ce qui fait la spécificité de cette course, c'est qu'elle soit la première grande classique du calendrier. Et que donc, tout le monde y fait preuve de nervosité. Cette course tira aussi sa spécificité de sa longueur, près de trois cents kilomètres.

« C'est son seul caractère de sélection, ajoute Merckx. Que l'organisateur y ajoute chaque année l'une ou l'autre difficulté (les capi) ne change rien à cela. Par beau temps, on y court sous haute tension. Il faut savoir improviser, prendre des risques, éviter les chutes en raison des entonnoirs qui se font jour lorsque la chaussée se rétrécit dans les passages en ville. Il faut aussi interpréter la course au plus juste. Cela veut dire que les favoris n'ont pas droit à l'erreur. À mon époque, c'était d'autant plus flagrant qu'il n'y avait pas encore la Cipressa, mais seulement les trois capi et le Poggio. » Un Poggio qu'il faut aussi pouvoir descendre en y prenant des risques. « Oui, mais aussi avec un vélo pas trop léger, concède Eddy. On l'a vu à plusieurs reprises ces dernières années : ceux qui sont passés en tête au Poggio n'ont jamais pu garder leur légère avance dans la descente. »

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