Russie: comme un vent de protestation

Russie: comme un vent de protestation

Le règne de Poutine pèse encore de tout son poids. Mais ses opposants semblent avoir moins peur. (photo Reuters)

Après dix ans de léthargie, l'opinion publique s'éveille en Russie. « On dirait que la peur a disparu », constate-t-on sur place.

Des écrivains qui boycottent l'anniversaire de Vladimir Poutine, des acteurs et chanteurs qui incriminent le Kremlin, des internautes qui se révoltent contre la police : après dix ans de léthargie profonde, l'opinion publique s'éveille en Russie.

Le début des années Poutine (président de 2000 à 2008 et Premier ministre depuis) a signé la mort des grands mouvements populaires des années 90, lorsque les manifestants se comptaient par centaines de milliers dans les rues.

Étroitement reprise en main par l'ancien agent du FSB sur le plan politique et sécuritaire, la société russe a parallèlement connu une période de croissance économique sans précédent. Ces deux influences combinées se sont soldées par la quasi-disparition des protestations publiques.

Mais cette période semble s'achever et un vent de contestation se fait sentir à tous les échelons de la société.

À commencer par le milieu artistique. Le chanteur de rock Iouri Chevtchouk a récemment critiqué devant des milliers de fans « le régime dur, cruel et inhumain » du pays. Peu après, l'acteur Alexeï Devotchenko a appelé ses collègues à refuser de jouer dans des films à caractère « patriotique » pour « ne pas soutenir ce régime cynique ».

Quelques mois avant, plusieurs hommes de lettres russes avaient eux-mêmes donné l'exemple, refusant une invitation de Poutine à l'occasion de son anniversaire.

Certains de ces rebelles notamment Liudmila Oulitskaïa et Boris Akounine, ont publié par ailleurs leur correspondance personnelle avec l'ex-magnat de pétrole et opposant Mikhaïl Khodorkovski, emprisonné depuis 2003.

Protester est à la mode

Les médias, en général pro-Kremlin, perçoivent eux aussi ce changement de ton. « Une bulle de colère est en train de gonfler, suite à des mutations palpables dans l'ambiance. Quelque chose a changé, littéralement au cours de ces derniers mois », note cette semaine l'édition russe de l'hebdomadaire Newsweek . Il en veut pour preuve la mobilisation inédite des internautes après deux récents accidents de route qui ont scandalisé l'opinion.

L'un d'entre eux, porté à la connaissance du public via une vidéo sur internet, a été provoqué par la police routière, qui a forcé des automobilistes (au péril de leur vie) à former un barrage routier sur l'autoroute afin d'intercepter un voleur de sac à main.

Le deuxième accident, qui impliquait un haut responsable du géant de l'énergie Lukoïl et deux femmes médecins, qui ont été tuées lors du choc, a lui aussi suscité une si vive polémique que le président Dmitri Medvedev a décidé d'intervenir personnellement pour réclamer une enquête. Celle-ci devra déterminer si les autorités ont protégé abusivement le grand patron.

« Protester devient presque à la mode », constate le journaliste Andreï Lochak sur le portail culturel openspace. ru. « On dirait qu'il y a plus d'air et que la peur a disparu dans la société », estime-t-il. Les protestations ne se limitent pas à la toile : fin janvier, quelque 10 000 personnes ont défilé à Kaliningrad pour exiger la démission de M. Poutine et du gouverneur de la région. De nouvelles manifestations sont prévues samedi dans plusieurs villes du pays.