Corée : Nord et Sud sur la voie de la paix

Le leader nord-coréen Kim Jong Il, que l'on ne voit d'ordinaire jamais, a accueilli lui-même le président sud-coréen à Pyongyang mardi. (photo Reuters)

Le président sud-coréen a passé à pied mardi la frontière nord-coréenne pour participer au 2e sommet de l'histoire entre les deux pays.

Fait exceptionnel, le leader nord-coréen Kim Jong Il a accueilli lui-même le président sud-coréen Roh Moo-hyun à Pyongyang mardi à l'occasion du deuxième sommet de l'histoire entre les deux pays depuis la partition de la péninsule coréenne après la Seconde guerre mondiale.

Dans une entorse apparente au protocole, le numéro un nord-coréen, dont les apparitions télévisées sont rares, est venu à la rencontre de son invité et de son épouse qu'il a accompagnés le long d'une garde d'honneur.

Vêtu de son traditionnel ensemble havane, le «Cher Leader» Kim Jong-Il n'était pas censé être présent à l'arrivée de son hôte, un rôle initialement dévolu au numéro deux du régime, Kim Yong-Nam. Les deux hommes se sont serré la main lors d'une cérémonie à laquelle assistaient des centaines de personnes. En toile de fond, la foule scandait: «Longue vie! Longue vie!» en agitant des bouquets de la fleur nationale rose vif, connue sous le nom de «Kimjongilia».

Peu auparavant, le président sud-coréen Roh Moo-Hyun avait très symboliquement franchi à pied la ligne de démarcation séparant les deux Corées, illustrant une volonté de réconciliation avec Pyongyang. «Je traverse cette ligne interdite en tant que président», a-t-il lancé. Ce geste est une première pour un chef d'État sud-coréen.

«Notre histoire douloureuse nous rappelle l'importance de la paix», a déclaré le président sud-coréen dans un communiqué diffusé à son arrivée. «Le temps est venu pour le Sud et le Nord de se donner la main pour écrire une nouvelle page d'histoire pacifique», a ajouté Roh Moo-Hyun.

Roh a franchi la ligne de démarcation à proximité du célèbre village de Panmunjom. Ce village neutre où fut signé l'armistice à l'issue de la guerre de Corée (1950-53) est situé au coeur de la zone démilitarisée (DMZ, longue d'environ 240km) établie à la fin du conflit pour consacrer la partition entre un Nord sous influence soviétique et un Sud soutenu par les États-Unis. Cette zone tampon concentre le plus grand nombre de troupes au monde.

Lundi, le président Roh avait mis l'accent sur son désir de paix avec le Nord. Les deux pays n'ont conclu qu'un armistice et non un traité de paix à l'issue du conflit qui les a opposés. Ils sont donc toujours théoriquement en guerre. «Je donnerai la priorité à l'établissement de la paix dans la péninsule coréenne», a promis Roh.

Des doutes

Si ce sommet bilatéral, qui dure jusqu'à jeudi, n'est pas censé être une plateforme de dialogue pour les discussions sur le nucléaire, celles-ci ne manqueront pas de figurer en bonne place. «Je ferai tout mon possible pour faire de ce sommet un vecteur du succès des discussions à six et contribuer à la paix sur la péninsule coréenne et dans l'asie du Nord-Est», a ajouté Roh. La rencontre à Pyongyang survient alors que le Nord semble progresser sur la voie de sa dénucléarisation dans le cadre d'un accord international à six pays (deux Corées, États-Unis, Japon, Chine et Russie) signé le 13février à Pékin. Le régime communiste a procédé à la fermeture mi-juillet de son principal site nucléaire, acceptant de déclarer tous ses programmes nucléaires et de démanteler toutes ses installations existantes.

Mais si important soit-il en terme d'image, les analystes ont douté de la réelle portée de ce face à face convoqué à la demande du président sud-coréen dont le mandat s'achève en fin d'année.

La tenue de ce sommet à deux mois d'une élection présidentielle, alors que le président Roh est en chute libre dans les sondages, a fait naître des soupçons sur les arrières-pensées du parti Uri au pouvoir (centre gauche) accusé de vouloir faire un «coup» politique.