Tribunal de police de Charleroi

Motards tués sur la N90 : MET en faute

Motards tués sur la N90 : MET en faute

Le mois dernier, jour du procès, l'ASBL Motards en Deuil se mobilisait pour des routes plus sûres. (photo EdA)

Le tribunal estime que la Région wallonne aurait dû réparer plus vite la crevasse qui a causé la mort de deux motards, sur la N90, à Farciennes.

C'était un dimanche d'août 2004. Le club de motards Évasi on, de Châtelineau, avait décidé de se rendre à une concentration à Tamines.

Juchés sur sept bécanes rutilantes, les onze passionnés avaient pris la route ensemble. Tous ne sont pas rentrés...

Sur la route de la Basse-Sambre (N90), à hauteur de Farciennes, l'un d'eux avait buté sur une crevasse qui lézardait la chaussée sur près de 30 mètres, entraînant dans sa chute ceux qui le suivaient. Daniel de Matteis, âgé de 26ans, et Christine Melchior, ne se sont pas relevés.

Un «cas fortuit»?

L'expertise menée sur place a confirmé le mauvais état de la route. À certains endroits, l'herbe avait eu le temps de pousser dans cette fissure longue de 30 mètres. À d'autres, on pouvait y mettre le poing entier.

Au départ, le ministère wallon de l'Équipement et des Transports semblait accepter ses responsabilités, et proposait un accord à l'amiable avec les parties civiles, sous réserve de l'assentiment du ministre de tutelle, Michel Daerden. La route avait d'ailleurs été refaite rapidement.

Mais la Région wallonne a fini par changer son fusil d'épaule, niant finalement sa responsabilité et parlant de «cas fortuit». La région estimait que tout motard est sensé savoir que la route peut présenter pareille dénivellation.

Condamnation symbolique

Les proches des victimes et les motards survivants ont donc introduit une citation civile contre le MET devant le tribunal de police.

Créée à la suite de ce dramatique accident, l'ASBL Motards en Deuil a une nouvelle fois démontré son imposante capacité de mobilisation: le jour de l'audience, près de deux cents motos vrombissaient devant le palais de justice de Charleroi. Tous réclamaient des routes plus sûres. Et la condamnation symbolique de la Région wallonne.

À cette audience, l'avocat des parents de Daniel de Matteis, MeEtienne Bernis, rappellait le revirement soudain de la Région, et réclamait des dommages moraux.

Dans son jugement, prononcé mardi, MmeVéronique Lambert a également relevé cet élément. Et confirme la responsabilité civile du ministère de l'Équipements et des Transports, «gardien de la chose viciée ».

La présidente note par ailleurs les circonstances selon lesquelles le dossier a été traité par les différents intervenants, le jour des faits. La famille de Matteis avait ainsi appris la mort de Daniel fortuitement, par un proche d'une autre victime, près de 12 heures après les faits!

Sous réserve d'un recours devant les instances d'appel, la Région wallonne devra donc verser des indemnités aux parties civiles.

« Plus que l'argent, c'est cette reconnaissance de la faute dans le chef du MET que désiraient obtenir mes clients, explique MeÉtienne Bernis. En quelque sorte, ce jugement rétablit l'égalité entre tous les usagers de la route, mettant la protection des motards sur le même pied que celle des automobilistes.»

Une première bataille remportée par l'ASBL Motards en Deuil. Mais la guerre est loin d'être finie...

(F.D.)