Yves Leterme réamorce la pompe

Yves Leterme a discrètement réuni mardi les chefs de délégation des partis libéraux et chrétiens-démocrates. (photo Belga)

Le formateur Yves Leterme a posé la méthode. Il confessera chacun sur chaque thème. Avant de relancer le festival des négociations à quatre. Analyse.

Grande nouvelle: Yves Leterme communique désormais. Il écrit pour dire qu'il ne dira plus rien. Il a réuni hier matin les quatre présidents des partis de l'orange bleue. Il a posé une méthodologie. Dans les prochains jours, le formateur aura des contacts avec les délégations sur «les différents parties de la négociation».

Officieusement, on a appris que les équipes seront réduites par rapport à Val Duchesse. On passera de douze négociateurs à huit, afin de resserrer les rangs et éviter au maximum les fuites. Le lieu de ces rendez-vous n'est pas connu. Les négociations se feront désormais sur un thème précis à la fois et en «bilatéral». Chaque fois, un président de parti, les yeux dans les yeux d'Yves Leterme.

Après avoir vu chacun, le formateur réunira les quatre partis avec une proposition de compromis. Ce type de méthode, pour réamorcer la pompe des négociations, relève du bon sens même, note-t-on dans l'entourage de l'orange bleue. Comprenez: pourquoi ne l'a-t-on pas fait plus tôt?

Las. La rationalité n'a pas toujours guidé le déroulé de ces 115 dernières journées. Loin s'en faut. Et on s'est souvent retrouvé au bord de l'hystérie et au royaume du tour de passe-passe durant ces longues semaines. Lundi, on a d'ailleurs cru voir exploser le fruit d'un mois de boulot d'Herman Van Rompuy, l'explorateur.

L'affaire du «non-papier» de Joëlle Milquet restait hier sur toutes les lèvres. Cinq pages qui parlent du phasage, de comment la réforme de l'État sera étalée dans le temps. Mirage ou réalité? Le cdH prétend mordicus que oui, que le phasage est acquis. Ailleurs, on dit que la présidente du cdH les a rédigées elle-même, faisant une synthèse de différentes positions ou propos tenus autour de la table. Ou alors, on dit que ce document est un brouillon qui devait s'autodétruire à la seconde même où il a vu le jour. On dit que seul le Roi a reçu le rapport de l'explorateur. Et ce rapport est ultra confidentiel. Le reste est nul et non advenu. Bref, surréaliste.

Les Flamands ont cru que Milquet voulait donner le «la» et les mettre au pas. Ça les a énervés, surtout Bart De Wever, le leader des nationalistes. «Le cdH a mis tout le monde dans l'embarras. Et cet amour affiché de Joëlle pour Herman alors que Leterme est de retour, c'est d'un pénible...», posait un interlocuteur. «Mais c'est Kris Peeters, le ministre-président flamand, qui a parlé avant nous, dès dimanche midi, de phasage possible de l'institutionnel! C'est quoi, ce complexe francophone?», rétorquait-on au cdH. Voilà qui n'est pas faux non plus. Quoi, finalement? Visiblement, il avait été convenu samedi que les partenaires ne communiqueraient pas un mot sur les raisons du déblocage.

Piqués au vif et loin de calmer le jeu médiatique, les Flamands ont continué à jeter leur huile sur le feu communautaire dimanche et lundi. Le petit frère de l'explorateur, aussi bavard que son frère est silencieux, s'est répandu dans la presse mardi. «La bombe à retardement BHV pue à la Chambre», dit l'homme. Donc, le dossier Bruxelles-Hal-Vilvorde doit venir le plus rapidement possible sur la table des négociations, conclut-il.

Hier, on s'est repris. «Bon. Milquet a fâché, énervé mais, finalement, elle n'a pas brisé l'orange bleue», concluait un proche de «l'orange bleue». Fin de la récréation. Les négociateurs retournent à leurs chères études.

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