CLAUDE SIMON

Signe extérieur d'un homme de qualité

Signe extérieur d'un homme de qualité

© EDA

Quel était l'usage de ces splendides petites boîtes ici exposées?À cette époque, on aimait le prestige, on aimait le montrer. Aujourd'hui c'est plutôt malvenu d'exposer tout ainsi. Mais un personnage de qualité, au XVIIIe siècle, se devait de posséder au moins 16 boîtes, c'était autant de signes d'aisance. Les vêtements contenaient beaucoup de petites poches, d'où on pouvait les sortir l'une après l'autre.

Qu'y mettait-on?Les hommes, du tabac à priser ou à chiquer, du talc pour se poudrer la perruque. Les femmes, de la poudre de riz, des bonbons ou des mouches, ces faux points de beauté en velours noir qu'elles se posaient sur la poitrine pour attirer les regards.

On les appelle «boîtes de vertu». D'où vient ce nom?On l'ignore. Peut-être d'un orfèvre qui s'appelait Vertue . Ou alors des Vertueux, ces orfèvres protestants qui ont quitté la France après la révocation de l'Édit de Nantes.

On en a fabriqué dans nos régions?Pas en matériaux précieux, seulement des ordinaires, en bois. Celles exposées ici viennent surtout de France, de Suisse (la région de Genève surtout), d'Angleterre et certaines de Russie.Qu'est-ce qui les caractérise ?Elles sont généralement en or ou en argent, décorées avec des matériaux rares : écaille de tortue, ivoire, corne de boeuf travaillée, émaux peints ou translucides. Les motifs sont souvent inspirés de peintres de l'époque, comme Greuze ou David. On y trouve des fleurs, des fruits, des scènes mythologiques.

Leur origine est connue?Elles portent généralement un poinçon, qui permet de reconnaître le lieu et l'année de la fabrication. Ces pièces étaient souvent commandées chez des orfèvres, pour servir de cadeau. Certaines étaient offertes comme signe de reconnaissance, comme marque de distinction par un pouvoir royal.

D'où proviennent-elles?Essentiellement de deux collections privées. Elles ont une grande valeur, surtout lorsque leur état est impeccable. On en trouve encore, mais difficilement, dans certaines salles de vente, à Londres ou à Genève.

J.-F.P.