OPEN D'AUSTRALIE

Pascal Maria, arbitre vedette: «J'ai le meilleur siège sur le court»

Pascal Maria, arbitre vedette: «J'ai le meilleur siège sur le court»

Maria arbitre les matchs depuis la meilleure place. Reporters

Pascal Maria est à l'arbitrage du tennis ce qu'était Pierluigi Collina à celui du football. Il est le témoin privilégié de grands moments du tennis depuis 1996.

Dans les entrailles de la Rod Laver Arena composées de larges couloirs où se croisent joueurs, coachs, journalistes et officiels, il ne peut pas effectuer plus de cinq mètres sans s'arrêter. Presque tout le monde le connaît, et il connaît presque tout le monde. Pascal Maria n'est pourtant pas une star internationale, mais depuis près de 15 ans, il a participé, à sa façon, à quelques-uns des plus beaux exploits du tennis. Arbitre répertorié «badge d'or» le plus haut niveau en tennis, ce Niçois de 37 ans est en quelque sorte, et même si la comparaison le fait sourire, le «Pierluigi Collinades courts» . Rencontre.

Quand et comment avez-vous envisagé de faire carrière dans l'arbitrage?
J'ai beaucoup joué au tennis lorsque j'étais jeune, mais je me suis rapidement aperçu que mes qualités étaient assez limitées. Je me suis alors dit : "pourquoi pas l'arbitrage?". J'ai commencé à l'Open Philips de Nice comme juge de ligne. Puis j'ai eu envie de passer les examens pour grimper les échelons, tout en continuant mes études techniques. Je rêvais du tournoi de Monte Carlo ou de Roland-Garros. J'ai commencé à arpenter le circuit en 1996 comme juge de ligne, et je suis passé pro comme arbitre de chaise en 2002.

En moyenne, combien de jours passez-vous à l'étranger par an?
J'officie en moyenne durant vingt-sept semaines. Vingt-sept semaines... de dix jours puisqu'on arrive toujours avant le tournoi et qu'on repart après. Faites le compte!

Il faut être célibataire, alors...
Non, non pas du tout. J'ai une femme et une petite fille de 6 ans qui m'accompagnent parfois sur le circuit. J'ai trouvé la conjointe idéale. Quand je suis à la maison, j'essaye de la décharger d'un maximum de tâches. J'adore cuisiner, je tente de composer les plats découverts lors de mes nombreux voyages.

Est-ce un métier ou une passion?

Disons que je vis de ma passion, tout en ayant la chance de disposer du meilleur siège du court. Un arbitre qui ne prend pas de plaisir sur un match, il ne peut pas accomplir du bon boulot. J'apprécie le beau tennis, je suis comme un spectateur lambda, sauf que je suis un peu plus attentif aux règlements et à la balle.

Quels sont vos meilleurs souvenirs? Les finales de Grand Chelem?

Pas forcément. J'ai eu la chance d'arbitrer des matches qui ont marqué l'histoire. Comme ce quart de finale en 2003 ici entre Andy Roddick et Younes El Aynaoui qui s'était terminé sur le score de 21-19 au 5e set (NDLR : le dernier set le plus long de l'histoire après Isner-Mahut, évidemment!). Comme aussi cette demi-finale de Coupe Davis Russie-Argentine en 2002 où le double avait duré 6h20 et s'était fini sur un 17-19 au 5e set. En tant que Français, une première finale à Roland-Garros, ça compte aussi, forcément. J'en ai arbitré quatre à Paris, deux ici à l'Australian Open. Sans oublier Wimbledon. J'étais là lors de la fameuse finale entre Roger et Rafa.

Vous semblez d'ailleurs porter chance à Nadal, non?
À l'exception de l'US Open où je n'ai jamais dirigé de finale, j'étais l'arbitre de toutes ses premières victoires dans les trois autres Grands Chelems. Mais Roger a aussi gagné l'Australian Open et Roland sous mes yeux.

À force de les côtoyer, avez-vous noué des contacts particuliers avec certains joueurs?
Le code officiel stipule qu'on ne doit avoir aucun contact. Mais à force de fréquenter les mêmes hôtels et de se voir toute l'année, des liens se créent. Ce qui ne nous empêche pas de conserver notre neutralité.

Les joueurs évoquent souvent une routine avant de monter sur un court. Avez-vous la vôtre aussi?
Je vais sans cesse aux toilettes. J'ai besoin de m'isoler aussi trois quarts d'heure pour faire le vide. J'effectue toujours le tirage au sort du même côté du terrain, mais pas avec la même pièce, contrairement à des collègues.

Un arbitre de tennis peut-il avoir une réelle influence sur le résultat d'un match, comme parfois en football?
Premièrement, le tennis est beaucoup moins subjectif que le football. La balle est bonne ou faute. Point. On peut néanmoins faire basculer un match en prenant une mauvaise décision sur un point crucial. Mais ça arrive bien moins souvent qu'en football, où les occasions de rattrapage pour une équipe sont moins nombreuses que pour un joueur. Il y a beaucoup plus de points à jouer que de buts! Deuxièmement, le tennis est un des rares sports où on compte plus d'arbitres que de joueurs. Le plus beau compliment qu'on puisse me faire, c'est de me dire à la fin qu'on ne se souviendra pas de moi.

Ressentez-vous néanmoins la pression?

Oui, forcément. En finale de Grand Chelem, on a beau savoir qu'on a en théorie les meilleurs ramasseurs de balle ou les meilleurs juges de ligne, on la ressent. En Coupe Davis, il faut y ajouter celle du public. Mais il n'influence jamais mes décisions car je suis dans ma bulle. En Coupe Davis, il faut aussi parfois pouvoir contenir des supporters trop turbulents. Je me souviens m'être retourné et avoir demandé à Boris Elstine de s'asseoir lors de Russie-Argentine car il s'excitait un peu trop. Idem avec Diego Maradona venu supporter son pays lors de la finale en 2006 à Moscou. Je lui ai demandé de se calmer. Je lui faisais signe pour lui dire qu'il pouvait mettre le bordel, ou pour lui dire qu'il devait arrêter.

Un arbitre de haut niveau gagne-t-il bien sa vie?

On gagne notre vie mais on est loin des quotas pratiqués pour l'arbitrage en football. Probablement parce qu'on est moins exposé à poser des jugements qui peuvent faire basculer un match. (NDLR : Pascal Maria fait partie de la vingtaine d'arbitres qui bénéficient d'un petit contrat à l'ITF, la WTA ou l'ATP. Il est payé pour chaque match arbitré. Ses frais d'hébergement sont pris en charge, il bénéficie d'une indemnité de déplacement. À bonne source, l'arbitre de la finale à Roland-Garros en 2008 touchait environ 300 ¤. L'Australian Open n'a pas voulu nous communiquer ses montants).

Arbitrez-vous désormais différemment, selon que vous soyez sur un grand court où les joueurs peuvent recourir à la vidéo ou sur les courts annexes où il n'existe pas de hawk-eye?
Non, même avec l'arbitrage vidéo, il faut continuer à annoncer les balles comme on les voit, à corriger les erreurs claires des juges de ligne. Il n'y a pas d'arbitrage à deux vitesses mais peut-être inconsciemment prend-on moins de risque sur un court avec un arbitrage électronique?

Jusqu'à quel âge envisagez-vous d'arbitrer?

Contrairement au football, il n'existe aucune limite d'âge. Tant qu'on est bon et qu'on satisfait à l'examen annuel de la vue, on peut officier. Personnellement, je ne me suis jamais demandé quand j'arrêterai. Ça dépendra des opportunités. Je côtoie beaucoup de monde. Pourquoi ne pas travailler pour un sponsor ou pour la télé? On verra.