FOOTBALL

Mondial 2018: le volet stades, c'est pas encore du béton

Mondial 2018: le volet stades, c'est pas encore du béton

Le projet propose 14 stades. EdA

Derrière Gand qui a déjà mis la main à la pelle, le parcours s'annonce long pour les autres stades.

Entre ceux qui se sentaient déjà à l'étroit (Standard, Bruges, La Gantoise, Genk) et ceux qui se demandent comment ils rempliront de nouveaux stades (Charleroi, l'Antwerp et/ou le Beerschot, voire... les Diables rouges) après une éventuelle Coupe du monde, on peut déjà prévoir un point commun. Tous tablent sur des enceintes modulables qu'on pourra ramener à des capacités plus modestes par la suite.

Autre point commun : construire un temple pour le foot, c'est vite un parcours du combattant en Belgique. La donne peut changer radicalement si le signal de départ vient de Zürich mais jusqu'à présent, le plus dur semble dans tous les dossiers - sauf à Liège et à Genk - de mettre les différents acteurs sur la même longueur d'onde.

Dans des villes à l'échelle belge, pas facile de trouver la place pour (re) construire des stades. Sans parler de les financer! Les assistances et les revenus télé ou de sponsoring de nos clubs n'ont rien de comparable avec ce que brassent leurs homologues anglais ou russes. À part Genk, tous nos clubs candidats resteront locataires. Seules Bruxelles et Anvers semblent en capacité d'emprunter une autre voie que le partenariat public-privé. Anderlecht ne marche pas (sauf si l'issue du vote nous est favorable?) dans le projet et à Anvers, c'est la zizanie (lire ci-dessous) entre des clubs mal en point.

L'éclatement de nos institutions ne facilite pas les choses. Bruges est suspendu à une décision de la Région flamande. Cette dernière fourbissant ses armes pour ferrailler avec sa propre administration de l'aménagement du territoire. Les riverains du stade du Pays de Charleroi ont fait des émules...

 



Gand, le seul qu'on peut toucher

La première pierre du futur Arteveldestadion a été posée symboliquement en… septembre 2008. Un projet qui a germé bien avant qu’on ne songe à accueillir la Coupe du monde.

À l’heure actuelle, c’est le seul stade «Coupe du monde 2018» que vous pourriez déjà toucher du doigt. Encore que… Seules les fondations ont été coulées jusqu’ici. C’est qu’il n’a pas toujours été facile de se mettre d’accord sur le financement dans ce partenariat public- privé dont les Gantois seront locataires.

On commencera à monter les murs en janvier ou en février prochain. Ghelamco, l’entreprise chargée de construire le nouveau stade multifonctionnel, promet que les Buffalos disposeront de leurs 22 000 places dès juin 2012. Coût de l’opération : environ 70 millions d’euros. En l’état actuel le club gantois prend 17 millions à sa charge. «2 en cash et 15 millions via un emprunt, dont 5 à un taux préférentiel auprès de la Région flamande, 10 si la Belgique obtient le Mondial », précise le directeur gantois Michel Louwagie. Dans ce cas, il est prévu de rajouter 18 000 places. «Mais on ne réfléchira au financement de cette partie-là qu’après jeudi », sourit Louwagie, fidèle à la maxime de Jean- Luc Dehaene : on n’envisage les problèmes qu’une fois qu’ils se posent.

D. MER.

La région fait languir Bruges

Le Club rêve d’un nouveau stade depuis… 2007. Fin 2009, la Ville de Bruges s’est emparée du dossier. Pour y loger le Cercle aussi. Le stade multifonctionnel de La Chartreuse devrait coûter 120 millions. S’il doit recevoir le Mondial, le successeur du stade Jan Breydel (transformé en lotissement dont le bénéfice, évalué à 32 millions, sera injecté par la ville dans la nouvelle enceinte) monterait à 45 000 places, ramenées ensuite à 40.000.

Mais l’implantation est contestée. Elle se situe dans la ceinture verte de Bruges et a prouvé, lors des récentes crues, toute son utilité de zone tampon en cas d’inondations pour préserver les quartiers voisins. «Le talon d’Achille du dossier est juridique», admet le bourgmestre brugeois qui guette l’aval de la Région flamande. Cette dernière a déjà reporté sa décision plusieurs fois et l’a encore repoussée jusqu’à la fin décembre. Les Brugeois optimistes préfèrent penser que c’est pour ficeler un dossier assez costaud pour résister aux recours devant le Conseil d’État déjà prévisible. 160 contestations écrites ont été introduites et s’appuieront sur le rapport défavorable émis par la Commission flamande pour l’Aménagement du Territoire.

Malgré cela, à Bruges, on espère entamer les travaux en 2013 pour une entrée en service à l’été 2016.

D. MER.

Bruxelles: Schaerbeek ou le Heysel?

À Bruxelles, la désignation de la candidature retenue pour 2018 permettra au moins d’y voir plus clair.

Car la capitale de l’Europe ne sait pas encore où se construira ce grand stade qu’elle désire tant. Si les Plats pays emportent la mise, « c’est le Roi Baudouin qui sera détruit et reconstruit », explique l’échevin des Sports de la capitale, Bertin Mampaka. Objectif 80 000 sièges. « Quarante mille seraient payés par la municipalité et le Fédéral nous a promis de financer l’autre moitié. » Car le stade de la capitale de l’Europe sera celui du match d’ouverture ou de la finale de la Coupe du Monde. Et si la Belgique et les Pays- Bas n’étaient pas retenus ? Alors c’est sûrement le « site de Schaerbeek-Formation qui accueillerait la nouvelle enceinte de, j’espère, au moins 50 000 places ». Mais la question de l’acquisition du terrain - qui appartient à la SNCB – n’est pas réglée.

St. L.

Charleroi: contestée Porte des Sports

Ses riverains ayant eu gain de cause, l’actuel Stade du Pays de Charleroi aurait dû être démonté cette année. Mais les études de stabilité n’ont pas encore été effectuées, pas plus que la procédure administrative n’a encore été lancée. Quant au projet de Porte des Sports en vue du Mondial 2018, le ministre Antoine lui a mis plusieurs fois du plomb dans l’aile. Il faut dire que le site choisi, dans un quartier dit « difficile » de Marchienne, présente un taux de pollution hérité d’un riche passé industriel à donner des envies de suicide à MM. Hulot et Arthus-Bertrand réunis. Les dizaines de millions nécessaires à sa dépollution font donc débat. Quoi qu’il en soit, la Ville de Charleroi maintient qu’elle construira là sa future enceinte multisports sous le nom Porte des Sports, quitte à ne la doter que d’une capacité de 25 000 places si échec demain.

Ma.S.

Anvers: un stade pour qui?

L’Antwerp est en perdition tant sportive que financière en D2. L’actionnariat du Germinal se déchire dans une guerre de clans.

Pas étonnant qu’à Anvers, où c’est le bourgmestre socialiste Patrick Janssens qui pousse à la charrette, le collège échevinal se demande s’il est raisonnable de construire un « superstade » de 25000 places, extensible à 44 000 pour répondre aux exigences de la Fifa.

Au Beerschot, on avait son propre projet pour un nouveau Kiel et on est fâché qu’il ait été rejeté par la Région. La Ville et le Port d’Anvers prévoient d’injecter respectivement 50 et 25 millions € dans un nouveau stade. Pour y faire jouer qui ? Membre du conseil communal anversois, Bart De Wever déclarait en décembre dernier que mettre l’Antwerp et le Beerschot d’accord sur une clé de répartition pour l’exploitation d’un stade commun « serait aussi difficile que d’instaurer la paix au Moyen- Orient.» Et en matière de clé de répartition difficile à trouver, le boss de la N-VA s’y connaît. Mais il paraîtrait qu’entre-temps l’homme aurait perçu l’intérêt d’un aboutissement de la candidature… belge.

D. MER.

Liège: 50 millions la rénovation

Le 16 décembre, le Standard en saura plus sur le réaménagement de son stade - pour rappel celui de Sclessin est rénové faute d’avoir trouvé un terrain pour accueillir une nouvelle enceinte. Ce jour-là, les pouvoirs publics et le club liégeois se réuniront pour arrêter le projet : en version Mondial, le stade Maurice Dusfrane aura une capacité de 44 000 places (40 000 + 4 000 VIP et presse). En version «normale», 35 000.

Le coût (environ 50 millions€, qui englobent, outre la rénovation du stade, l’aménagement des alentours) sera, lui, réparti entre partenaires privés et publics en fonction de l’obtention de la Coupe du monde. Il semble toutefois que la Région wallonne interviendra, quoi qu’il arrive. Le Standard, qui n’est pas propriétaire du stade, pourrait profiter de l’occasion pour rediscuter de ce point.

F. B.

A Genk, on agrandit aussi

S’ils sont moins avancés que leurs homologues gantois, les Limbourgeois n’ont pas attendu le rêve de Coupe du monde pour se sentir à l’étroit dans leur Cristal Arena. «On devait de toute façon réinvestir pour continuer à répondre aux normes pour accueillir des matches de Coupe d’Europe », dit-on à Genk. Quoi qu’il advienne de la candidature belge, le club compte faire passer – et financer – sa capacité de 25 000 à 32 000 places. S’il faut rajouter un anneau pour monter temporairement à 44 000, la facture montera à 50 millions d’€.

Province, Ville et Région seraient alors sollicitées pour le bois de rallonge. « Nous ne devons pas construire tout un nouveau stade, c’est ce qui fait du nôtre le moins cher de tous les projets sur le sol belge pour la Coupe du monde», souligne Herbert Houben, le président genkois.

D. MER.