Vété : espèce en voie de disparition

À Veterinexpo, on a présenté les résultats d'une enquête sur les vétérinaires ruraux. Une espèce en voie de disparition... ou d'adaptation.

Veterinexpo est un Salon professionnel organisé par des amateurs, en l'occurrence les étudiants vétérinaires de l'Université de Liège. Leur association - la société générale des étudiants en médecine vétérinaire - existe depuis 1894 et a développé depuis 1981 un événement qui constitue les grandes retrouvailles annuelles de la profession.

Les bénéfices générés par cette activité commerciale permettent à l'ASBL de financer son programme annuel de formations.

Si l'ambiance est forcément à la fête, le sujet de l'inauguration 2010 ne prête pas aux réjouissances. L'étude présentée a permis de mettre des chiffres objectifs sur le malaise, le mal-être que les vétérinaires ruraux vivent et ressentent depuis des années.

Le ministre Benoît Lutgen, qui a financé l'étude, estime que les vétérinaires ruraux constituent un maillon essentiel de l'agriculture. Vétérinaires, éleveurs et consommateurs ont été interrogés, sondés.

Les résultats montrent que les vétérinaires ruraux cherchent de plus en plus des revenus complémentaires hors des animaux de rente. 35 % disent qu'ils hésiteraient à s'engager à nouveau dans ce métier, proportion qui monte à 60 % parmi les 35-39 ans!

Pas assez de vie de famille, trop de charges administratives, honoraires pas raisonnables sont montrés du doigt.

70 % d'étudiantes

Mais le chiffre choc de l'étude, qui n'a pas nécessité de sondage, provient de la féminisation des étudiants en médecine vétérinaire : sur les 750 en premier bac cette année, 70 % de filles. Il n'est pas ici question de machisme, mais la pratique rurale est exigeante physiquement et en horaires. 10 % sont enfants de vétérinaires, 40 % enfants d'éleveurs. Une pénurie s'annonce donc dans les campagnes.

Le professeur Philippe Hansen, de l'ULg, a même exprimé qu'il ressent un grand pessimisme et même un dégoût qui s'installe au fur et à mesure des années d'études. Il a plaidé pour des études plus orientées vers une activité précise. Il a été applaudi par l'auditoire d'étudiants. Le doyen de la faculté, Pascal Leroy, l'a immédiatement contredit et s'est dit attaché à former des généralistes.

L'enquête montre aussi que les vétés aspirent à plus de respect, de considération de la part de leurs clients.

Mais à tout problème solution, l'étude dégage aussi des pistes. Un idéal fait l'unanimité : le travail en association auquel recourent actuellement 27 % des vétérinaires ruraux. Il permet le travail à temps partiel, une certaine spécialisation (comme la pédiatrie bovine pour les femmes), mais le cadre légal belge ne s'y prête pas. La ministre Sabine Laruelle, présente aux côtés de son homologue wallon Lutgen, se dit prête à moderniser les lois, mais elle attend que les ordres flamand et francophone tombent d'accord sur la notion d'association...

La rétribution des conseils, la mutualisation de certains frais vétérinaires et la spécialisation sont trois autres pistes mises en exergue parmi la cinquantaine formulée à l'issue de l'étude.

Meilleures relations avec l'AFSCA, paperasses en moins, barèmes, les vétérinaires ruraux ont encore de nombreuses autres aspirations.