CONTE DE NOëL

Un colonel pour traquer le Père Noël

Depuis 1955, le traîneau du père Noël est pisté par les militaires américains. De l'espionnage au profit des enfants .

Nous sommes très exactement le 24 décem bre 1955, à Colorado Springs aux États-Unis. C'est un général, un certain William Palmer qui, en 1871, a fondé cette ville, une des plus importantes aux États-Unis. Mais en ce soir de Noël 55, c'est un autre gradé que nous suivons. Il s'appelle Harry Shoup, il est colonel. Il participe, lui et ses hommes, à la défense aérospatiale du territoire américain. En plein milieu des années cinquante, ce n'est pas un boulot très « cool », la guerre froide oppose États-Unis et URSS dans un conflit latent, plein de menaces et d'exercices de musculation militaire.

Donc, en ce soir de réveillon, lorsque résonne la sonnerie du téléphone rouge, le colonel Shoup s'attend à tout. Cette ligne n'est utilisée que par les huiles du Pentagone. Néanmoins, ce n'est pas la voix grave d'un général qui se fait entendre. Cette voix est même plutôt fluette, très fluette. Celle d'un gamin de six ans qui demande à son interlocuteur s'il est bien le père Noël et qui ensuite lui récite toute la liste de cadeaux qu'il demande en ce jour pas comme les autres. Au début, le colonel pense qu'il s'agit d'une galéjade imaginée par ses facétieux compagnons d'armes. Mais voilà que la sonnerie retentit à nouveau, il s'impatiente, demande à parler à la maman du gamin qui l'importune pour la deuxième fois. Et là, il comprend.

Méprise

À Colorado Springs, il n'y a pas qu'une base militaire. En fait, à cette époque de l'année, l'endroit qui fait le plus rêver les enfants, c'est le rayon « jouet s » du magasin Sears, Roebuck & Co. Faut les voir, ces yeux émerveillés devant les Teddy-bears, les poupées, les jeux de constructions et les animaux mécaniques. C'est là que se fournit le père Noël. Et ceux qui en doutaient n'ont pu que changer d'avis en ce mois de décembre 55 en voyant l'annonce publicitaire imprimée pour l'occasion. On y voit un père Noël à la Norman Rockwell qui déclare « Hey, les enfants, appelez-moi en direct sur mon téléphone privé au « ME 2-6681 », je vous répondrai personnellement à n'importe quel moment du jour et de la nuit » .

Le seul petit problème, vous l'avez compris, c'est que le numéro en question n'était pas le bon, mais bien celui de la base militaire du colonel Shoup. Un colonel qui en ce jour de réveillon se découvre l'étoffe d'un authentique héros de Noël. Car, sur le coup de l'émotion, il donne des instructions précises à son équipe. Résultat, si les enfants qui téléphonent à la base n'ont pas vraiment le père Noël en ligne, par contre, ils reçoivent des informations très précieuses. Le colonel Shoup a en effet demandé à son équipe de scruter sans relâche les radars de la base afin d'établir la position du traîneau du père Noël. Et surtout de transmettre ces véritables « secrets défense » aux enfants, victimes de la méprise de Sears & Co.

C'était en 1955. Depuis, cette tradition a été maintenue au commandement de la défense aérospatiale de l'Amérique du Nord (NORAD). De nos jours, c'est un gros millier de personnes qui est mobilisé à chaque réveillon pour répondre aux enfants qui veulent savoir où en est le traîneau du père Noël.

En direct sur le web

Avec le temps, le service s'est aussi sérieusement amélioré. Désormais, il existe un site internet qui permet d'obtenir les renseignements tant convoités. Un site qui a permis à de nombreux pays de connaître les services rendus aux enfants par le NORAD puisqu'il est accessible en français, en espagnol, en allemand et en italien. Plus fort encore, depuis deux ans, sur le site on peut suivre en direct la trajectoire du père Noël grâce à Google Earth.

Nous sommes très exactement le 24 décembre 2009. À Colorado Springs, certains ont le coeur gros, ce soir. C'est le premier Noël sans le colonel Shoup, le premier « pisteur » de Santa Claus est décédé le 14 mars dernier laissant à la relève le soin d'espionner les mouvements de ce traîneau qui selon les éléments collectés par le NORAD mesurerait 150 sucettes de longueur et 80 de largeur pour un poids de 75 000 boules de gomme et une puissance de 9 rennes.

www.noradsanta.org/