Tabarez, Maestro de la Celeste

Tabarez, maestro de son équipe. Reporters

L'anti-Maradona, c'est le profil du sélectionneur uruguayen , qui gesticule peu, mais réfléchit beaucoup. Et insiste sur l'aspect défensif.

Contre tou te attente, le « Maestro » Oscar Tabarez a hissé l'Uruguay en demi-finale, au prix d'un style défensif assumé paisiblement et pédagogiquement.

« Maestro » ? Ce modeste joueur professionnel (1967-78) s'était reconverti dans l'enseignement, avant de devenir entraîneur. Cultivé, ce grand lecteur détone dans le milieu par son calme et son goût pour la pédagogie. « Il faut s'endurcir sans se départir de sa tendresse », est-il d'ailleurs écrit dans sa chambre à Montevideo, une phrase de Che Guevara.

« Il est toujours très mesuré dans ses propos et très didactique, relève Luis Prats, spécialiste du football uruguayen au quotidien El Observador . Il n'aime pas faire des déclarations fracassantes comme Dunga ou Maradona. Il ne réagit jamais violemment ». Mais il assume ses choix tactiques : « Il faut essayer de limiter les possibilités de l'adversaire, et plus l'adversaire est fort, plus il a d'options en attaque, plus il faut insister sur l'aspect défensif », dit Tabarez.

Un style qui a fait ses preuves

De fait, son Uruguay n'a encaissé que deux buts en cinq matches dans ce tournoi. « Au point mort », avait ironisé El Observador après le 0-0 contre la France des Uruguayens qui, « fidèles au jeu conservateur caractéristique de l'ère Tabarez, ont défendu comme toujours, ont sacrifié l'attaque et ont sauvé un point ». Mais ce style, reposant sur un pressing et des contre-attaques, a fait ses preuves. Même si Tabarez lui-même souhaiterait moins d'attentisme de la part de ses joueurs, qui n'ont selon lui « pas bien joué » contre le Ghana.

À 63 ans, Tabarez est reconnu au plus haut niveau. Entre la Copa Libertadores 1987 avec Penarol (Uruguay) et le titre de champion d'Argentine 1992 avec Boca Juniors, sa première expérience de sélectionneur de la Celeste (1988-90) s'était soldée par une place de finaliste en Copa America 1989 et une élimination en 8e de finale du Mondial 1990 par l'Italie.

Ses passages en Europe ont en revanche été moins brillants. Après de bons débuts à Cagliari (1994-1996), il a pris la succession de Fabio Capello à l'AC Milan. Échec : il a été limogé au bout de 22 matches. Ce qu'il a pris avec une élégance à laquelle les Italiens n'étaient pas habitués. Nouveau fiasco à Cagliari (relégation en 2000) après Oviedo. Revenu aux commandes de l'Uruguay en 2006, Tabarez avance prudemment. En regardant derrière.