Les amateurs de vin changent

Pour contrer la baisse de la consommation dans les pays développés, les viticulteurs regardent vers l'Asie. (photo Reporters)

Un premier « Davos du vin » s'est tenu ce week-end pour réfléchir aux mutations du secteur. Le vin devient de plus en plus une simple marchandise.

Crise, changement des habitudes de consommation, nouveaux marchés asiatiques: près de deux c ents professionnels du monde viticole s'interrogent jusqu'à lundi sur l'avenir de leur secteur à l'occasion du premier « Davos du vin », sur les rives du lac de Côme en Italie.

« Cette idée me trottait dans la tête depuis trois ans, organiser un "Davos du vin", un think-tank pour réfléchir, loin des foires, réunir des gens du monde entier pour discuter du futur », explique François Mauss, organisateur de ce World Wine Symposium - Davos du Vin, dont la première édition se tient depuis vendredi à la Villa d'Este de Cernobbio.

Personnage haut en couleurs et bon vivant, fondateur de l'association de dégustation du Grand Jury Européen, ce Français passionné fait jouer ses relations pour réunir près de deux cents producteurs, négociants, importateurs ou collectionneurs venus du monde entier.

Pour les professionnels présents, participer à cette réunion permet de « créer une communauté alors que le monde du vin est assez atomisé, indépendant », souligne Jean-Jacques Parinet, propriétaire du Château du Moulin-à-Vent, dans le Beaujolais. « Techniquement, il y a des gens qui font leur vin d'une autre façon que moi et ça m'intéresse », renchérit Jean Guyon, propriétaire des Domaines Rollan De By, dans le Médoc.

Dégustant un verre de vin autrichien, entouré de producteurs suisses, croate et français, Stefano Silenzi, directeur marketing de Gruppo Italiano Vini, grande entreprise viticole de la Péninsule, est ici pour comprendre les mutations du secteur. « La crise a entraîné un changement dans le monde du vin. L'euphorie est finie, il faudra être meilleur, éduquer les consommateurs plutôt qu'essayer d'aller à tout prix vers la croissance », juge-t-il. « En France, on ne bouge pas assez, on a longtemps pensé que notre vin était la panacée, les grands se sont endormis sur leurs lauriers », regrette de son côté Jean Guyon.

Pour François Mauss, face à ces mutations, le « premier enjeu » pour le vin aujourd'hui est de combattre la « perte d'identité ». « Le vin a une dimension culturelle et historique. On est aujourd'hui face à des organismes puissants, des grands groupes, qui veulent le réduire à une simple marchandise alors que le futur du vin c'est son passé », affirme-t-il.

« Le vin est un peu diabolisé » par les politiques publiques, estime Charles Rolaz, administrateur du groupe viticole suisse Hammel, « la question est de savoir si la consommation va continuer à baisser même s'il y a l'espoir que les gens consomment moins mais des vins de meilleure qualité » .

Pour contrer cette baisse de la consommation dans les pays développés, tous regardent aujourd'hui vers l'Asie. « Il y a des maisons qui ont perdu 30 à 50% de leur marché aux États-Unis à cause de la crise. Mais en même temps, la demande est très importante en Chine ou en Inde », note, confiant, François Mauss.

Mais la partie n'est pas gagnée d'avance pour tous.

« Pour les grands vins français, l'avenir est radieux en Asie. Les plus petits devront par contre affronter la concurrence des vins du Nouveau Monde » (Australie, Amérique du Sud, Afrique du Sud), qui attirent le consommateur néophyte avec leurs structures moins complexes et leurs prix attractifs, observe Lim Chin Joo, collectionneur de Kuala Lumpur.