Claude Rolin: "Les spéculateurs ont encore la main"

Claude Rolin: "Les spéculateurs ont encore la main"

"C'est au niveau européen que ça doit se régler." (photo EdA - Jacques Duchateau)

INTERVIEW | La crise, l'emploi dévasté et le gouffre budg étaire : le point avec le secrétaire général de la CSC Claude Rolin.

On entend dire qu'une reprise économique s'annonce au niveau mondial. On va mieux respirer?
Si c'est le cas, on s'en réjouit. Mais... il faut voir si c'est une reprise ou juste un effet conjoncturel. Si on se base sur le retour d'une santé des marchés boursiers, ça m'inquiète. Pour moi, ce n'est pas un indicateur valable. Certains en viennent même à considérer que ce n'est qu'un mauvais moment conjoncturel à passer. Et qu'on peut tout recommencer comme avant.

Vous y voyez quoi, vous?
C'est plutôt le signe que les spéculateurs ont à nouveau la main. Et ça, c'est grave ! On ne pourra sortir de la crise que si on fait une analyse sérieuse de ce qui s'est passé.

Et qu'elle est votre analyse?
On vit une crise « systémique », qui touche donc l'ensemble du monde et des secteurs. Mais elle intervient à la suite de plusieurs crises. C'est lié à deux éléments : la dérégulation des marchés financiers et la confiance absolue dans les marchés.

Et c'est forcément négatif?
C'est un champ ouvert aux spéculations les plus sauvages, avec les produits les plus dangereux qui soient. Autre chose dont on parle peu : la crise prend sa source sur une dégradation de la place des salaires dans le revenu national brut. Aux USA, c'est flagrant : si on a poussé les gens à s'endetter, c'est pour compenser une perte relative du pouvoir d'achat. Si on ne tient pas compte de ça, on part vers une dépression. C'est autrement plus grave...

Reprise ou pas, il va y avoir une vague de licenciements terrible, si on en croit les prévisions du Bureau du Plan (200 000 chômeurs en 2010)...
Oui, l'effet sur l'emploi vient toujours en décalage par rapport à une crise. Parce que les entreprises en difficulté courbent l'échine, utilisent tous les amortisseurs possibles (comme le chômage économique). Quand ça dure, il y a forcément un impact sur l'emploi. Par ailleurs, au niveau du chômage économique, il ne faut pas être un grand devin pour dire que, malheureusement, certains ne reprendront pas le travail. Les prévisions du Bureau du Plan me paraissent assez réalistes.

C'est la société tout entière qui est exposée...
Oui. Et la capacité des États à faire face. On a soutenu le secteur financier. Il fallait le faire. Mais ça a un coût. On évoque les 20 milliards de trou à combler dans le budget fédéral. Une grande partie est liée aux effets de cette crise économique. La collecte des impôts s'en ressent aussi. Ça va se payer très cher et très longtemps. Impossible de ne pas agir.

Où se situe l'action d'un syndicat dans ce contexte?
Il y a le job de l'urgence : anticiper les effets de la crise, les limiter, permettre aux gens de rebondir plus vite. Ensuite, il faut faire en sorte que ce soit aussi une opportunité pour forcer une économie durable et régulée socialement. Ce n'est pas au niveau des États nations qu'on réglera la crise. Mais au niveau européen. Je pense que 1 % du PIB européen doit être consacré à la relance : formation, recherche, grands travaux. L'Europe n'a du sens que si elle répond aux préoccupations des gens. Elle doit devenir sociale. Delors le disait : « On ne tombe pas amoureux du marché unique . »

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