« La pression des jeunes va augmenter »

« La pression des jeunes va augmenter »

Philippe Defeyt s'insurge. (photo EdA)

Sur 307 000 Wallons de 18 à 24 ans, 54 000 sont au chômage et 13 000 au CPAS. Un taux scandaleux, selon Philippe Defeyt. Qui a quelques idées.

P hilippe Defeyt est à la fois économiste et président (Écolo) du CPAS de Namur. Il fait le constat : le taux de chômage des jeunes Wallons est à un niveau « scandaleux ». Et, dans la foulée, il prévoit que ça ne va pas s'arranger. Peut-on se fier aux prévisions des économistes, même immergés au jour le jour dans la réalité sociale la plus difficile ? « Je ne dis pas que je ne peux pas me tromper », admet-il.

Mais, selon lui, il y a une part d'incontestable. Et il voudrait au moins qu'on débatte de certaines pistes. Dont certaines ne sont pas neuves.

Philippe Defeyt, dans une toute récente analyse, vous prévoyez que le chômage des jeunes va augmenter dès 2010 pour retrouver des niveaux supérieurs à 60 000 unités en moyennes annuelles (54 000 aujourd'hui). Les chiffres de 2008 sont pourtant « bons » : on assiste à une baisse du taux de chômage des 18-24 ans...C'est justement mon premier message : 2008 est une année exceptionnelle et ça ne se reproduira pas de sitôt. Pour trois raisons : avec Bologne, on a allongé les études supérieures d'un an. La réforme de Bologne a retiré plusieurs milliers de jeunes de la population active. Ensuite, en 2008, il y a eu pas mal de créations nettes d'emplois. Enfin, sur le plan démographique, la tranche des 18-24 ans n'a presque pas bougé. Mais tout cela, c'était un concours de circonstances. Et c'est terminé !On peut donc en être sûr ?En ce qui concerne Bologne, on a atteint l'« effet de seuil », comme disent les économistes. Ça n'aura plus d'impact positif sur les chiffres du chômage. Avec la conjoncture qui est mauvaise, la probabilité est élevée de voir le nombre de jeunes chômeurs passer à nouveau la barre des 60 000 par an.

L'augmentation reste difficile à préciser, évidemment...Oui. Mais à supposer même qu'on ne dépasse pas la barre des 54 000 comme aujourd'hui, ça reste un scandale. Un quart d'entre eux sont au chômage depuis plus de 2 ans. C'est impensable d'en rester là ! Je peux me tromper, sauf sur une chose essentielle. La pression des jeunes sur les services publics va augmenter : ils iront davantage soit vers l'enseignement, soit vers le chômage.Vous passez en revue les priorités du gouvernement wallon, destinées spécialement à lutter contre le chômage des jeunes (Plan Marshall 2.0). On ne peut quand même pas dire que les autorités se croisent les bras. D'ailleurs, vous ne vous attaquez pas réellement à ces mesures.Non. Mon attitude est celle de la vigilance critique. Mais je constate une chose. Sur le fond, il y a ce discours qui est répété : il faut donner aussi aux jeunes l'occasion d'une insertion citoyenne. Tout le monde a l'air d'accord là-dessus. Mais dans les faits, c'est l'insertion professionnelle qui reçoit le plus gros paquet.

Parce que c'est quand même là que se situe l'urgence, non ?Oui. Mais qu'est-ce qu'on fait quand on n'a pas du boulot pour tout le monde ? Admettons que les mesures du gouvernement wallon se révèlent efficaces, il y aura encore des milliers de jeunes sans job. Que fait-on avec eux ? L'insertion professionnelle est très loin de suffire quand on va vers des publics plus difficiles. L'absence de réseau social est la caractéristique des jeunes en difficulté. Et même, pour certains jeunes, bénéficier d'une insertion professionnelle ne veut pas dire qu'ils ne se retrouvent quand même pas tout seul le soir.

Que proposez-vous ?Je pense que tout ce qui soutient l'insertion professionnelle doit être renforcé et amélioré. Pas de problème avec ça. Mais je crois qu'il faut aussi élargir la palette offerte aux jeunes. C'est pour ça que j'ajoute le service civil et le contrat de pluriactivité (lire ci-dessous). Encore une fois, je ne dis pas que ce que je propose est bon. Mais au moins, mettons ça en débat.

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