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Nick Rodwell, patron de Moulinsart, dérape sur Tintin.com

Nick Rodwell, patron de Moulinsart, dérape sur Tintin.com

Nick Rodwell y va fort avec les journalistes. (photo Reporters)

Nick Rodwell, patron de la société Moulinsart qui gère les droits sur l’œuvre d’Hergé, dérape sur son blog. Il y attaque nommément plusieurs journalistes. Dont Hugues Dayez, chroniqueur à la RTBF. Alors que le blog est providentiellement interrompu, réactions des intéressés.

Ce 31 juillet, Nick Rodwell, mari de la veuve d’Hergé et gestionnaire des droits sur l’image et le travail du fondateur de Tintin, s’est fendu de plusieurs billets outrageux à l’encontre de journalistes qui, selon lui, «prennent un plaisir malsain et manifeste à me démolir en public».

Certes, la presse n’est pas toujours tendre avec la société Moulinsart. Les journalistes reprochent souvent à la boîte de Nick Rodwell de gérer l’image de Tintin comme un chef de guerre des Grands Lacs son arsenal. Le récent scepticisme des journalistes après l’ouverture du musée Hergé le rappelle. Mais répondre de façon aussi agressive, en attaquant publiquement la vie privée de ses prétendus bourreaux, semble saugrenu. Et complètement hors de propos sur le site officiel Tintin.com, où les tintinophiles s’indignent.  

"Obsédé par la relation avec son père" 

«Lorsque des journalistes s’en prennent à des personnes, il faut essayer de voir ce qui alimente la nature de leur propos, écrit notamment Rodwell. Hugues Dayez travaille pour une télévision qui se prend pour l’équivalent de la BBC mais qui reste très loin du compte. J’ai donc pris le temps de farfouiller dans la vie privée de ce monsieur dans l’espoir de trouver la racine de sa haine à mon égard. Bingo ! Il se voit confronté à un drame familial, qu’il ne m’appartient pas de révéler ici, car je me refuse d’utiliser les méthodes de ce scribouillard.» Une hargne d’une hypocrisie incroyable, puisque Rodwell détaille la nature de ce «drame» dans la version anglaise de son billet.

Dans le même billet, Nick Rodwell s’attaque aussi à Albert Algoud, qu’il taxe du même mal qu’Hugues Dayez. Et surtout à Olivier Delcroix, journaliste au Figaro, auteur du blog AAAAaaaagh !! et de plusieurs livres sur la BD. Dont l’objet du litige avec Rodwell, Générations Hergé. «Oli avait partagé avec son père la passion pour l’œuvre d’Hergé. Et Oli s’est senti poussé à écrire un livre sur Tintin, le lien fondamental entre lui et son père. Et Oli n’a pas accepté que l’œuvre d’Hergé puisse être protégée. (…) La personne chez Moulinsart s.a. en charge des droits sur les visuels liés à Hergé s’est vue confrontée à un journaliste qui savait tout et se montrait obsédé par sa relation avec son père.»

"Problème d'identité sexuelle"

Pour terminer, Nick Rodwell enfonce le clou le 7 août juillet avec Sophie Flouquet, du Journal des Arts. En réutilisant l’argument psychanalytique. «Peut-être avez-vous travaillé pour Paris-Match? Peut-être aviez-vous un problème avec votre père? Peut-être votre mariage n'est-il pas aussi réussi que vous l'espériez?  Doit-on penser que, tout enfant, vous souffriez d'un problème d'identité sexuelle? Cela pourrait expliquer votre étrange perception des autres. Une suggestion: et si vous envisagiez de retourner à l'école, question de revoir votre éducation?»

Un dérapage franchement incompréhensible sur la plateforme de discussion mondiale des amateurs de Tintin. Qui a été providentiellement interrompue ce lundi 10 août. Et qui, tonnerre de Brest, ne redore pas le blason de Nick Rodwell auprès des journalistes.



Hugues Dayez: "élucubrations"

Nous avons contacté Hugues Dayez pour lui demander sa réaction face à ces attaques en règles. Elle est très nette. "Je suis en vacances en famille, explique le journaliste de la RTBF et tintinophile averti. Et j'ai mieux à faire que de m'abaisser à m'intéresser aux élucubrations de ce monsieur".


Olivier Delcroix: "Surpris et agacé"

Olivier Delcroix est journaliste au Figaro depuis 18 ans. Il est responsable de la rubrique BD et cinéma. Il anime aussi le blog AAAaaargh!! consacré au 9e art. Il est l'auteur du documentaire De Tintin à Titeuf, les Mythes de la Bande-Dessinée, réalisé en 2003, puis a écrit en 2006 le livre Générations Hergé. L'attaque de Nick Rodwell le surprend, comme il l'explique depuis son bureau au Figaro.

"C'est une histoire qui m'agace. Je suis très surpris de découvrir ça de la part de Nick Rodwell. Cette mise en question de mon intégrité professionnelle doit sans doute remonter à mon documentaire, réalisé en 2003 avec Bernard Malaterre".

"J'avais invité Nick Rodwell en 2003, à un débat en plateau autour du thème "De Tintin à Titeuf, les Mythes de la Bande-Dessinée". Je lui demande donc pourquoi, à son avis, Tintin est un mythe. Et il a répondu que, pour lui, Tintin n'étais pas un mythe. On coupe, je lui explique ce que j'entends par mythedans ce contexte, puis on reprend. Il refuse à nouveau de dire que Tintin est un mythe. Privé de cette séquence, on ne la passe donc pas au montage". 

"Je crois que le différend nait plus tard, en 2006, à la publication de mon livre, "Générations Hergé". C'est une déclaration d'amour à Tintin, Hergé, à la BD et à la Belgique. J'y consacre effectivement quelques pages à l'importance de la transmission Père-Fils - ce dont Rodwell se sert pour attaquer Delcroix sur son blog, NDLR - J'y consacre aussi un chapitre à Rodwell, sur le vent de fronde qui souffle sur Moulinsart à son arrivée. Je suis bien renseigné. J'y explique l'épisode du documentaire, pour illustrer mon portrait".

"Dans son attaque, Rodwell m'accuse plusieurs fois d'être un menteur. Il a manoeuvré auprès de mes supérieurs pour me décrédibiliser. Mais je suis toujours en place, et je suis chef de rubrique. Je continue même à parler de Tintin car je suis le spécialiste ici au Figaro. Et en tant que responsable de la rubrique cinéma, je crois que je vais beaucoup en entendre parler, de Tintin, avec la sortie des films de Peter Jackson et Steven Spielberg".

"Concernant les accusations de mensonges de M. Rodwell, je ne souhaite pas attaquer. Mais le service juridique du Figaro va se procurer les rushes du documentaire de 2003, pour vérifier effectivement ce qui s'était passé. On jugera alors s'il y a lieu de porter plainte pour diffamation".