Certains usagers du rail se demandent pourquoi le personnel de la SNCB n'offre pas la gratuité en guise de protestation. Au lieu de faire grève. Plutôt que d'ennuyer le monde, voilà une démarche qui rendrait ces grévistes d'un nouveau genre tout à fait sympathiques. Hélas ce n'est pas possible. On m'a tout expliqué.

D'abord, ce ne serait pas juste pour les abonnés. Car de cette gratuité intempestive, seuls les voyageurs occasionnels (les ploucs qui paient 30 € pour un AR Tournai-Namur) en bénéficieraient. Vous imaginez ce bataillon de profiteurs  ?

Ensuite, si l'opération venait à être annoncée, elle provoquerait une véritable prise d'assaut des trains par des hordes assoiffées de gratuité. Ces troupes-là mettrait en déroute la belle organisation des chemins de fer belges. Vous n'y pensez pas  ! Notez qu'un peu de désorganisation à la place d'un jour de grève... Et puis il suffirait de l'annoncer le matin même. Comme ça, l'ennemi serait pris au dépourvu...

Mais ce ne sont pas les deux raisons essentielles. Il en est une qui les surpasse largement. C'est la botte secrète de la SNCB. Celle-ci dispose d'une sorte de vieille garde qui ne se rend, ni ne meurt jamais. Un régiment d'élite, tenu secret  : celui des super-contrôleurs. Tout est là. Si la valetaille offrait la gratuité, la SNCB pourrait détacher son corps d'exception sur le champ de bataille. Et là, ordinateur de poche à la main, amendes en bandoulière, ça saignerait sec dans les rangs des péquenots montés sans ticket. En toute bonne foi ou pas  ? Rien à voir. Crac dedans. Et que je te les dégomme. L'hécatombe. Le massacre. Mais dieu merci, la SNCB n'est pas sadique. Elle a pitié.

Alors, merci, oui merci la SNCB de ne jamais laisser se développer la grève de la gratuité...

Géry EYKERMAN