Benoît Lutgen: "Cette Europe est trop libérale"

Benoît Lutgen: "Cette Europe est trop libérale"

(photo EdA - Jacques Duchateau)

Le ministre wallon de l'Agriculture Benoît Lutgen (cdH) dénonce la dérégulation européenne. Il y a péril en la demeure, répète-t-il.

Benoît Lutgen, vu la crise sans précédent que traverse aujourd'hui le secteur laitier, disons les choses platement : y a-t-il encore un avenir pour les producteurs ?
Certainement. Et les élections vont être fondamentales à cet égard. J'espère que la Commission européenne aura une nouvelle vision, une nouvelle stratégie, pour réguler le marché de la production agricole, pour que les quotas ne soient pas supprimés et qu'ils diminuent après le 7 juin, histoire de retrouver des prix acceptables.

D'ici à ce que ça se mette en place, ça risque d'être trop tard pour certaines exploitations, non?
Une exploitation qui disparaît, c'est toujours un dégât de trop. Un drame humain, familial. Mais pour tous ceux qui sont là, il y a urgence. Et il ne s'agit pas seulement des agriculteurs. Les consommateurs sont eux aussi concernés à moyen terme par cette dérive. Et la Belgique est un bon baromètre, si on envisage les choses sous l'angle du clivage Nord/Sud. Le Nord de l'Europe considère qu'il ne faut ni soutenir le secteur, ni réguler l'offre. Au Sud de l'Europe, c'est le contraire. En Belgique, c'est le même clivage. On sent une vision plus libérale en Flandre qu'en Wallonie. Je ne veux pas d'une dérive à ce niveau. L'enjeu, c'est la sécurité alimentaire et, à terme, notre indépendance alimentaire. Et ça dépend de la manière dont nos représentants à la Commission européenne envisagent l'agriculture.

Mais les élections ne vont pas forcément changer la donne...
Je le souhaite en tout cas. Quand Louis Michel a été désigné, j'étais rassuré. Mais entre sa sensibilité et ce qu'il a laissé passer, il y a un vrai fossé. Or, un commissaire européen a un pouvoir très impressionnant.

Un ministre régional ne dispose donc d'aucun levier structurel pour aider le secteur en profondeur?
On organise une promotion accrue des produits de chez nous, on soulage les trésoreries au maximum par les crédits de soudure et on fait entendre notre voix au niveau européen. Mais si on ne s'entend pas entre ministres régionaux... Ainsi, Karel De Gucht (Open VLD), qui était le représentant belge lors des négociations de l'OMC, était d'accord pour supprimer la taxe sur la viande bovine. Ce qui veut dire que la viande venant du Brésil ou d'Argentine aurait pu être vendue à 4 ou 5 euros le kilo alors qu'elle est à 7 euros le kilo quand elle est livrée par nos producteurs. C'est tout le secteur de l'élevage qui était en danger. Sans compter le danger pour le consommateur sur le plan de la qualité de la production, du bien-être animal, etc. Les seules gagnantes sont les multinationales.

C'était plus facile d'être ministre de l'Agriculture il y a 15 ou 20 ans, à l'époque de votre père Guy Lutgen?
Non. Eux, ils ont eu la dioxine, la vache folle... La différence, c'est que, à l'époque, il y avait une vision forte de l'agriculture au niveau européen.

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