CHARLEROI

TC Charleroi: la défense plaide l'acquittement de Robert Wagner

L'avocat de l'homme d'affaires carolorégien Robert Wagner, Me Jean-Philippe Mayence, a réclamé son acquittement, mercredi devant le tribunal correctionnel, pour l'ensemble des faits qui lui sont reprochés. Robert Wagner y est poursuivi, aux côtés d'un ancien haut fonctionnaire de la Région wallonne, pour n'avoir pas remboursé des subventions, et pour corruption active.

Pendant plus de trois heures de plaidoirie, Me Mayence s'est attaché à démontrer que les préventions mises à charge de son client ne tenaient pas, après le réquisitoire et les plaidoiries des parties civiles, intervenues la semaine dernière.

La Région wallonne et Fabricom (la société qui a racheté depuis lors Charleroi Construction et Découpe), se sont constituées contre Robert Wagner dans ce dossier.

L'homme d'affaires avait obtenu en 1996 une subvention de la Région wallonne à hauteur de 855.000 euros, pour la création et le maintien de l'emploi dans Charleroi Découpe.

Aux yeux du parquet, il n'avait pas rempli ces obligations, pas plus qu'il n'avait remboursé cette subvention. De plus, on lui reprochait d'avoir corrompu le second prévenu Bernard Wang, haut fonctionnaire de la Région wallonne, poursuivi également dans ce dossier d'octroi de subvention, et à qui on reprochait de s'être laissé corrompre par lui.

Me Mayence, en entamant sa plaidoirie, a situé l'importance du groupe Wagner, côté en Bourse, avant d'évoquer le "rôle trouble joué par la Région wallonne" dans ce dossier, puis d'ironiser sur ce que le parquet estime être de la corruption. Il a rappelé qu'au moment de bénéficier de subventions, Robert Wagner avait investi préalablement 140 millions d'anciens francs, et qu'on ne pouvait donc raisonnablement avancer qu'il avait d'emblée préparé une escroquerie en demandant une subvention de 38 millions de francs.

Il a même investi davantage, finalement, a souligné l'avocat, pour qui le quota d'emplois indiqué dans la convention passée avec la Région a même dépassé ce qui était prévu. Il a regretté, d'une manière générale, que ce dossier ait présumé d'office que Robert Wagner ait été de mauvaise foi, en bafouant la présomption d'innocence.

Pour lui, on a fait à l'homme d'affaires un procès "injuste, incorrect et irrespectueux, avec la volonté de faire la peau à d'autres à travers lui". Il a rappelé les termes de la convention passée avec la Région, qui prévoit notamment que les subventions devaient être restituées "à la première demande". Or, a-t-il plaidé, jamais cette demande n'a été faite par la Région.

Quant au parcours judiciaire du dossier Wagner, Me Mayence s'est dit surpris de la rapidité de sa mise à l'instruction, le jour-même de l'ouverture de ce dossier, une instruction qui n'aura duré que six mois.

En ce qui concerne les appuis politiques dont son client aurait bénéficié dans le traitement de l'octroi puis de la possible récupération de subventions, l'avocat a rappelé que les subventions avaient été accordées sous le ministre de tutelle Robert Collignon; les démarches au sein de l'administration, qui n'avaient pas abouti à une demande de restitution à signer par le ministre, s'étaient déroulées alors que ministre de l'Economie était le MR Serge Kubla.

Quant aux derniers contacts avec le même département, ils dataient du ministre actuel, Jean-Claude Marcourt, a-t-il rappelé.

Pour lui, Robert Wagner a effectué toutes les démarches nécessaires. Il a averti la Région quand est survenue la fusion des sociétés Charleroi Construction et Charleroi Découpe, et il avait même provisionné le montant de la subvention, prévoyant qu'elle pourrait lui être réclamée, ce qui n'a pas été le cas.

Abordant le fond du dossier, Me Mayence a insisté sur l'entière bonne foi de l'homme d'affaires : il avait prévu la création des emplois, et il a respecté cette promesse. Il ne peut être question de faux, ni dans le contenu des contrats d'emplois qu'il a signés, ni dans l'affectation donnée à ces emplois, même si certains d'entre eux ont été utilisés dans d'autres sociétés du groupe Wagner.

Il n'y avait aucune intention frauduleuse, a plaidé le défenseur, pas plus qu'il n'y en a eu à propos des investissements auxquels il s'était engagé. Me Mayence a également nié les faits de corruption, s'interrogeant sur ce que vocable pouvait recouvrir de concret. Il a ironisé sur l'aspect "relations sociales" qu'y voyait le parquet: "Si les relations sociales relèvent de la corruption, il faut dissoudre les Rotary, les autres services clubs, et les diverses associations où se retrouvent des représentants du monde économique, politique et judiciaire", a-t-il argumenté.

Il a donc conclu en réclamant l'acquittement complet de Robert Wagner. L'audience de mercredi après-midi sera consacrée à la défense de Bernard Wang, puis aux ultimes répliques.


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