La cour et le jury d'assises de Bruxelles-Capitale ont entendu mercredi matin les plaidoiries des parties civiles et la première partie du réquisitoire du procureur général, au procès de Roberto Sanji, un ressortissant vénézuélien de 36 ans.

L'intéressé est accusé du meurtre de Mohamed Salim, 32 ans. Selon l'accusation, le crime a été commis le 19 mars 2007, dans les locaux de l'ASBL "Amicale des travailleurs et commerçants marocains de Bruxelles et du Brabant", avenue de Stalingrad, près de la gare du Midi. L'association a pour vocation d'aider les personnes défavorisées, en leur proposant des repas et des consommations à des tarifs sociaux.

Selon des témoins oculaires, l'accusé est entré dans le resto, le 19 mars 2007, dans la soirée, pour proposer à des clients de lui acheter des vêtements qu'il avait volés dans des magasins, peu auparavant. Face à une personne qui ne voulait payer que le quart du prix proposé, Roberto Sanji a répondu qu'il ne vendrait "plus jamais rien à des Arabes mais à des Européens parce que les Arabes ne paient pas assez".

Le disparu, Mohamed Salim, lui a alors demandé de quel droit il s'était permis d'insulter aussi gravement la communauté arabe.

Le ton est monté entre les deux protagonistes du dossier et Sanji est sorti pour aller chercher un couteau. Il a frappé son adversaire dans l'abdomen.

Au nom des parties civiles, Mes Katherine Farr et Xavier Van Der Smissen, ont réclamé un verdict d'assassinat. Me Farr, d'abord, a voulu restaurer l'image de la victime qui aurait pu être écornée au cours du procès. A ses yeux, les accusations de trafic de stupéfiant ne sont pas fondées et ne reposent que sur de vagues rumeurs. Ne seraient que des ragots également les informations rapportées sur le comportement bagarreur et provocateur de Mohamed Salim.

Me Farr a souligné qu'au contraire, la victime était chaleureuse et généreuse, connue pour avoir organisé des distributions de repas chauds en faveur des déshérités de la gare du Midi et de l'avenue de Stalingrad.

De son côté, Me Xavier Van Der Smissen, toujours pour la famille de la victime, a dit combattre par avance les arguments de la défense relatifs à une éventuelle provocation dans le chef du disparu et à une éventuelle disqualification du meurtre en "coups et blessures volontaires ayant entraîné la mort, sans intention de la donner". Le plaideur a mis le jury en garde contre la dérive d'un procès qui pourrait devenir celui de la victime et non celui de l'accusé.

"Qui a provoqué qui dans cette affaire? Qui a commencé par injurier la communauté arabe?", s'est interrogé l'avocat des parties civiles. A ses yeux, c'est Roberto Sanji qui a commencé à faire de la provocation mais, sur le plan légal, l'excuse de provocation ne peut en tout cas être retenue qu'en cas de violences graves. Elles font défaut, selon lui.

Par contre, l'accusé a commis un homicide, pour Me Van Der Smissen, en choisissant un couteau de 31 centimètres et en l'enfonçant dans l'abdomen de la victime, jusqu'à la colonne vertébrale. Et ce meurtre a été prémédité puisque Sanji a eu le temps d'aller acheter ou voler l'arme, de revenir et de poignarder Mohamed Salim, a insisté l'avocat.

Le procureur général, Bernard Dauchot, a suivi cet argument, en rappelant que l'accusé avait d'abord prétendu qu'il avait acheté le couteau "pour couper du haschisch". "Avec une lame de 17 centimètres, il fallait un fameux pain de haschisch!", s'est écrié le magistrat de l'accusation. M. Dauchot a indiqué ensuite que jusqu'à l'audition des médecins légistes, il pensait que l'intention homicide n'était pas établie dans le chef de Roberto Sanji.

Cependant, ayant entendu ceux-ci mardi, il considère qu'un doute persiste quant à cette intention homicide. A bien l'entendre, il s'agirait donc, dans le doute, de ne retenir que des coups et blessures ayant entraîné une mort involontaire. Par contre, il n'y a pas de doute quant à la préméditation, aux yeux du procureur général, puisque l'accusé avait déclaré en cours d'instruction, à propos de la préparation du crime: "j'étais en train de réfléchir à la manière de faire". L'accusé aurait donc bien réfléchi et bien prémédité son geste.

M. Dauchot conclura son réquisitoire mercredi après-midi. Le verdict sera connu jeudi.