Jean-Philippe Guerand publie une biographie fouillée du comédien disparu il y a vingt ans, symbole d'un cinéma populaire de qualité.

B ernard Blier occupe une place singulière dans le cinéma français. Tout en étant davantage qu'un second rôle, il n'a pourtant jamais acquis le statut de vedette portant un film sur ses épaules. Dans les nombreux films qu'il a interprétés, il vient toujours après Gabin, Richard, Yanne, Belmondo ou de Funès, dont il est généralement le faire-valoir, se contentant d'occuper la première place dans des comédies mineures. Il ne figure pas, par exemple, sur l'affiche originelle des Tontons Flingueurs entre Ventura et Francis Blanche.

« Ce sont des cassures dans sa vie et dans sa carrière qui l'ont empêché de devenir une vedette à part entière, rappelle Jean-Philippe Guerand. En août 1939, il tourne Tourelle 3 où, pour la première fois, il a son nom en haut de l'affiche. Mais le film est interrompu par la guerre. À son retour du Stalag, en 1941, il doit repartir à zéro. Les films qu'il tourne dans les années 1940 et qui lui apportent la reconnaissance, L'École buissonnière ou Sans laisser d'adresse, sont aujourd'hui oubliés. Au cours de la décennie suivante, il se consacre prioritairement au théâtre. Et puis arrive la Nouvelle Vague qui ne fait pas appel à lui et il se retrouve dans des productions commerciales où il est toujours un peu en retrait par rapport au rôle principal. » L'image de l'acteur s'est totalement renversée au cours de sa carrière. Blier commence par des drames (Hôtel du Nord, Le jour se lève, Qui, des Orfèvres, Avant le déluge .) avant de bifurquer vers la comédie au début des années 1960, révélant un comique en costume-cravate merveilleusement exploité par des réalisateurs tels Jean Yanne ou Pierre Richard. Tout en tournant en Italie dans des films dramatiques ou des mélodrames.

« Dans ce pays, il est presque considéré comme un acteur du cru, d'autant plus qu'il est souvent doublé par un acteur à l'accent régional, poursuit son biographe. Au point d'apparaître, dans un générique, sous le nom de Bernardo Blieri. » À travers cette instructive et vivante biographie, on découvre un homme qui a voué sa vie à sa carrière de comédien. Avec passion et conviction mais aussi modestie, sans mettre en avant son ego. Formé au Conservatoire, élève de Louis Jouvet, qu'il considère comme son second père, il n'a d'ailleurs quasiment jamais arrêté le théâtre. Pouvant tout jouer, il a une très haute opinion de son métier, ne supportant pas ceux qui ne le pratiquent pas de manière professionnelle. Ce qui a valu une gifle à Jean Lefebvre connu pour ne pas apprendre ses textes.

Ce livre, fruit d'une enquête longue et minutieuse, repose à la fois sur les interviews données par l'intéressé tout au long de sa carrière et sur celles glanées par son auteur auprès de ceux qui l'ont connu.

Et notamment son fils Bertrand, qui l'a dirigé dans trois films, Si j'étais un espion, Calmos et, surtout, Buffet froid . Mais n'a jamais pu accéder à son rêve de lui consacrer une pièce. Il attendra sa disparition pour écrire Les Côtelettes, interprété de surcroît par un comédien avec lequel son père fut longtemps fâché, Philippe Noiret.

« Bernard Blier reste dans la mémoire collective comme quelqu'un d'humain, dont on se sentait proche, même s'il a moins marqué le cinéma que Gabin, Delon ou Belmondo », conclut Guerand.

Jean-Philippe Guerand, « Bernard Blier. Un homme façon puzzle », Robert Laffont, 584 p., 22 €.

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