Anne Delvaux: "Même chez Écolo, des doubles candidats"

Anne Delvaux: "Même chez Écolo, des doubles candidats"

"Une parlementaire grecque m'a dit : 'Nous, on ne peut pas faire ça. On se présente pour un mandat à la fois et on doit aller au bout.' Vous voyez, on a des leçons à recevoir". (photo EdA - Jacques Duchateau)

INTERVIEW | Anne Delvaux (cdH) a les yeux remplis d'étoiles européennes. Mais elle se présente aussi comme deuxième à la Région. Et s'en explique.

Anne Delvaux, l'Europe est mal connue et mal aimée des citoyens. Aujourd'hui, vous la défendez. Hier, comme journaliste, qu'avez-vous fait ou pu faire pour la faire connaître?
Je me souviens m'être battue un jour pour ouvrir un JT sur de l'information européenne : ça m'a été refusé. Mais le manque de connaissance des gens n'est pas uniquement la faute des médias : c'est aussi celle des hommes politiques qui laissent tomber le débat européen. Ils savent que 70 à 80 % des décisions sont prises à l'Europe. Mais notre système fédéral, avec tous ses niveaux de pouvoir, complique tout. Car attribuer les mérites à d'autres, c'est difficile. C'est plus facile de leur imputer des décisions impopulaires. Les politiques doivent apprendre à rendre à César ce qui est à César.

La Belgique n'est pas le seul pays touché par ce manque d'intérêt. Voyez la France avec Rachida Dati qu'on envoie à l'Europe pour s'en débarrasser au gouvernement...
C'est vrai : le phénomène est européen. On a l'impression que les pays fondateurs sont dans la quille alors que les nouveaux membres sont extrêmement enthousiastes, par contre.

Pourquoi vous présentez-vous, à la fois, première à l'Europe et seconde effective à la Région?
Ce n'est pas mon choix...

On vous y a forcée ?
Quand on fait de la politique, on est dans un parti et on est solidaire. Pour moi, ce qui compte c'est que je suis tête de liste européenne, c'est là que je siégerai. J'ai aujourd'hui un seul mandat rémunéré, celui de sénatrice. Après le 7 juin, j'aurai un seul mandat rémunéré, celui de députée européenne. Et puis, avoir un second siège en Brabant wallon sera quasi impossible pour le cdH. Je précise encore une chose : sur une liste à l'Europe de 8 candidats effectifs et de 8 suppléants, combien pourront siéger? Un, peut-être deux. Tous ceux qui n'ont aucune chance de siéger sont là par solidarité.

Vous ne faites donc pas campagne pour la Région?
J'ai une vision extrêmement globalisée des choses : ma campagne est intégrée.

C'est tout de même inconfortable de vous présenter des deux côtés. D'abord pour vous. On en parle tout le temps...
Ce n'est pas plus confortable pour un troisième effectif que pour moi. J'ai vu des doubles candidatures dans tous les partis. Même chez Écolo. Jean-Claude Defossé (NDLR : autre ex-journaliste RTBF passé en politique) se présente à l'Europe et à la Région bruxelloise. Ce système était là bien avant moi. J'en parlais dernièrement avec une parlementaire grecque. Elle m'a dit : « Nous, on ne peut pas faire ça. On se présente pour un mandat à la fois et on doit aller au bout. » Vous voyez, on a des leçons à recevoir.

Dites, c'est peut-être un peu tordu de l'imaginer mais ça s'est déjà vu. Et si vous faites un meilleur score qu'André Antoine?
Je siégerai à l'Europe.

Mais vous imaginez pour André Antoine, l'effet?
Je n'imagine pas, non. Vous savez, lui aussi m'a demandé de figurer en seconde sur sa liste.

Vous avez eu des mots assez durs pour le Sénat, là où vous siégez aujourd'hui.
Le Sénat n'a pas de compétence exclusive ; il est surtout utile pour les débats éthiques : c'est déjà un souci. Certains voudraient que je dise qu'en temps de crise, comme je l'ai connu depuis que j'y siège, le Sénat fonctionne super-bien. Non, excusez-moi ! Je n'ai pas de mots durs pour le Sénat : c'est l'assemblée qui m'a permis de m'épanouir sur les questions européennes.

 

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