Les vraies rémunérations des politiques

Les vraies rémunérations des politiques

Le traitement annuel d'un ministre s'élève à 203.816€. (photo Belga)

Un ministre gagne 11 000 euros par mois. Un parlementaire la moitié . Ce qui peut paraître élevé. Jean Faniel, chercheur au CRISP relativise.

GED

Dewael gagne plus que Van Rompuy
Si un ministre touche annuellement 203.816€, un secrétaire d'Etat perçoit, lui, 193.479€.
La rémunération des parlementaires dépend quant à elle de plusieurs facteurs. Plus précisément des fonctions qu'ils occupent au sein de l'hémicycle. Et aussi de l'assemblée où ils siègent. Un député ou sénateur reçoit une indemnité nette de 5.515,80€. Ce à quoi peut venir se rajouter une indemnité pour un autre mandat (intercommunale, bourgmestre, etc.) jusqu'à un plafond de 7.700 € nets. Au-delà de ce montant, la commune ou l'organisme qui l'emploie procède à une retenue sur salaire pour l'excédent.
Le président d'une commission gagne approximativement 6 200 €. Le président d'un groupe politique touche autour des 7.000 €. Le Vice-président, suivant l'assemblée, empoche de 6 300 € (Cocof) à 7 600 € (Chambre). Le président du Sénat et de la Chambre gagnent chacun 15 931 € nets par mois. José Happart touche 12 459,56 € à la Région wallonne, bien plus que son confrère germanophone (5 994,07 €).
 

Jean Faniel, vous êtes chercheur au Centre de recherche et d'information socio-politiques (CRISP). Votre étude sur les rémunérations des politiques indique qu'un ministre gagne plus de 11 000 euros nets par mois. N'est-ce pas démesuré ?
Si on compare avec le salaire minimum dans le privé, autour de 1 000 €, effectivement, ça paraît beaucoup. Si par contre on compare cela avec le salaire d'un responsable d'une grande entreprise privée, on est à des sommes qui sont faibles, 4 à 6 fois moins. Il faut relativiser. De ce point de vue-là, mais aussi relativiser d'un autre point de vue.

C'est-à-dire ?
Même si c'est une rémunération nette, il ne faut pas oublier que les hommes et femmes politiques appartiennent à un parti auquel ils doivent reverser une partie de leur rémunération, ce qu'on appelle la rétrocession. Ce montant ne va pas intégralement dans leurs poches personnelles. Il faut se rendre compte aussi que quand on exerce ce type d'activité, cela représente une série de frais, de campagne ou de représentation.

Bénéficient-ils d'autres défraiements ?
Les 11 040 euros nets, c'est vraiment le calcul intégral. On a pris en compte le traitement brut, on y applique le taux d'imposition et on ajoute à cela les forfaits non taxés censés couvrir les frais.

Nos politiques sont-ils taxés comme n'importe quel citoyen ?
Exactement de la même manière. Il est même plus taxé puisque son revenu est plus important. Il tombe donc dans les tranches supérieures d'imposition et comme en Belgique l'impôt sur les personnes physiques est progressif, les parlementaires et les ministres sont imposés de manière plus importante. Cela dit, ils bénéficient aussi de forfaits qui ne sont pas imposés. Là peuvent donc se créer des différences avec les citoyens.

À côté de cette rémunération, le parlementaire peut avoir d'autres mandats ou conserver sa profession initiale, et donc gagner davantage d'argent ?
Oui, c'est une distinction entre le ministre et le parlementaire. Il y a 24 heures dans une journée. Vu les agendas des ministres, on se dit qu'ils n'ont pas le temps de faire autre chose en plus ou alors des activités limitées comme donner des cours. C'est aussi ce qui justifie leur rémunération. Le ministre est vraiment pris à temps plein et doit être rémunéré de manière correcte.

Et le parlementaire ?
Il peut exercer toutes les activités privées qu'il souhaite. Sauf pour certaines professions. On ne peut pas être juge et parlementaire. Les revenus privés sont autorisés mais les revenus publics sont eux soumis à un contrôle et à une limite. Un parlementaire ne peut exercer en plus de son mandat de parlementaire qu'un seul autre mandat. Ils ont droit à 2 mandats maximum. Il existe aussi une limite maximale en terme de revenus. On ne peut pas gagner plus de 7 700 € nets par mois. Si on est député-bourgmestre d'une grande ville par exemple, ce plafond sera dépassé et la commune va retenir de l'argent.

Ce niveau de rémunération est aussi un moyen d'éviter la corruption ?
C'est l'idée. Au XIXe siècle les parlementaires n'étaient pas ou peu rémunérés. Mais s'ils ne le sont pas, ils vont davantage être sujets à des tentatives de pression, de corruption. Bien entendu elles peuvent toujours arriver mais, en principe, avec une rémunération est jugée confortable, on doit pouvoir éviter ce genre de problèmes.

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