Tom Boonen a remis l'église au milieu des pavés

Tom Boonen a remis l'église au milieu des pavés

(photo Belga)

Tom Boonen, en remportant son troisième Paris-Roubaix, a remis les pendules à l'heure. Avec la plus grande distinction.

On a de plus en plus de peine à comptabiliser les succès de Tom Boonen. Tout en ayant beau écrir e que cette saison n'était pas sa plus prolifique jusqu'à présent. Qu'à cela ne tienne, dimanche, en ajoutant un troisième Paris-Roubaix à son palmarès, Boonen a signé l'une des plus jolies victoires de sa carrière.

« Quand tu arrives seul sur le vélodrome, c'est toujours la plus belle », disait Wilfried Peeters, son directeur sportif. Façon Museeuw en 2002, Boonen a suivi les traces de son illustre aîné. On ne sait d'ailleurs plus si c'est le roi Johan lui-même qui avait prédit que Boonen gagnerait au moins cinq fois l'Enfer du Nord dans sa carrière.

Tom n'en a cure, pas vraiment intéressé par le record actuellement détenu par Roger De Vlaeminck, vainqueur à quatre reprises. « Je ne suis pas encore Mister Paris-Roubaix parce que je l'ai gagné trois fois, souriait-il, trop modeste. C'est Roger qui porte ce titre et je ne le revendique pas. Certes, j'essaierai encore l'année prochaine, mais chaque chose en son temps. Je veux d'abord savourer cette victoire. » Et il y a de quoi. On peut sans aucun doute parler d'un chef-d'oeuvre réalisé par le Campinois. Un tableau de maître, au terme, encore une fois, d'une parfaite précision tactique de la part des Quick Step.

Y eut-il une échappée matinale ? Wynants en était, obligeant les équipes non représentées, notamment Qatusha (Pozzato) et Liquigas (Quinziato) à travailler. Boonen, Devolder et Chavanel étaient dans un fauteuil, assurément. Même si le futur vainqueur allait pourtant chuter dès le troisième secteur pavé, celui de St-Python. « Une bête chute, disait-il, mais qui a fait mal. Je suis tombé sur le côté gauche. J'avais mal à la jambe et au bras. J'ai eu le temps de me poser plein de questions. C'est à ce moment-là qu'il faut surmonter ses doutes et la douleur. Puis on s'est aperçu ensuite que la roue arrière était voilée, à cause d'un rayon cassé. Mais quand fallait-il changer de vélo ? Dans ce genre de course, il n'y a jamais de bon moment pour le faire. » L'échange se fit finalement beaucoup plus loin, à quelque 50 kilomètres du but. Avec, comme vélo de rechange, celui-là même qui avait permis à Tom de s'imposer l'an passé. Boonen n'est pas pourtant superstitieux, mais le clin d'oeil du destin valait la peine qu'on s'y attache.

« Je n'avais pourtant pas de grandes sensations à ce moment-là, continuait Boonen. J'ai ensuite choisi d'attaquer au Carrefour de l'Arbre. C'est là que ce fut le plus dur. Parce que, avec les encouragements des spectateurs, je n'entendais absolument rien dans l'oreillette. Je n'avais qu'une chose à faire, ne pas me retourner. » Il est vrai que dans le dernier groupe qui l'accompagnait, il n'y avait que du beau monde : Hoste, Vansummeren, Flecha, Hushovd et Pozzato. Boonen ne vit donc pas la chute de Hoste et de Flecha, et le « tête à queue » de Vansummeren, encore moins la stupide gamelle de Hushovd, embarqué dans les barrières en essayant de suivre la flèche bleue. « Je ne pouvais pas tabler sur une arrivée à six au sprint, poursuivait Boonen. Ce n'était pas intelligent. D'autant que Flecha n'avait guère travaillé. Sans savoir comment était encore Pozzato. Maintenant, je le concède, débouler seul sur le vélodrome est quelque chose de différent, mais aussi d'unique. Je considère que cette course fut la meilleure publicité pour le cyclisme. » Comment donner tort à l'Anversois ? Les clameurs de la foule sur le vélodrome, un dernier mano a mano avec Pozzato durant les douze derniers kilomètres, un Tom qui tombe dans les bras de son petit frère Sven (« c'est mon meilleur ami, et l'embrasser fut le plus beau moment de cette victoire »), tout était réuni pour ce happy end de dimension, amplifié par ce décor qui a fait la légende des pavés. C'est unique, assurément.