Prendre le Flamand au sérieux

Van Rompuy a trouvé une porte de sortie à ce nouveau casse-tête fédéral. Il pourra skier la semaine prochaine. (photo Reuters)

Le conflit d’intérêt voté par la Flandre contre le plan de relance du pays a agité le bocal fédéral. Analyse de ce nouvel imbroglio belgo-belge.

1. Que se passe-t-il encore?

Le parlement flamand a voté mercredi une motion soulevant un conflit d’intérêt. Motif: un article du plan destiné à relancer l’économie du pays ne «colle pas» avec la politique d’aide à l’emploi imaginée par la région flamande. Les travailleurs de plus de 50 ans sont pour la Flandre un groupe-cible, à aider en priorité. Mais les partenaires sociaux ont opté pour des mesures structurelles en faveur de tous les bas salaires. Le parlement flamand a donc brandi son carton rouge à l’intention du fédéral. Une première. Patrons et syndicats se sont montrés fous furieux devant l’attitude flamande qu’ils qualifient d’irresponsable.

2. Que faire?

«C’est très simple, on va faire deux saucisses, une petite et une grande, nous expliquait hier Patrick Dewael (président du Parlement, Open-VLD). Dans la grande saucisse, tu remets tout le plan de relance en coupant l’article qui ne plaît pas. Dans la petite saucisse, tu mets le fameux article arrangé autrement.» [/ITALIQUE]Bon appétit. Voici la recette pour sortir de ce nouvel imbroglio belgo-belge.

Aussitôt dit, aussitôt fait. La Commission des Affaires sociales de la Chambre s’est réunie jeudi pour retirer du projet de loi de relance les dispositions qui font l’objet du conflit. Mais on a oublié l’histoire des saucisses (étrange et compliquée) pour opter pour une technique simple, propre et nette. Un amendement retire du plan de relance les articles qui ont provoqué la querelle. Le parlement flamand a maintenant 15 jours pour manifester sa satisfaction. Le projet de loi de relance, sans les articles concernant les publics cibles, pourra alors être voté en séance plénière de la Chambre le 5mars. Enfin.

3. Pourquoi aucun esclandre au fédéral?

L’équipe Van Rompuy joue le sang-froid. Parce que les raisons de perdre les pédales commencent à s’accumuler. La proximité des élections souffle la braise. L’arrêt brutal des discussions communautaires est une véritable bombe. Mais la crise économique oblige chacun à une contenance inédite ces derniers temps. Reste la fameuse Commission qui doit établir si magistrats et politiques ont (ou non) mélangé leurs pinceaux dans l’affaire Fortis et bafoué la séparation des pouvoirs.

4. Pourquoi la Flandre a-t-elle fait ce coup-là?

Le sp.a préparait son coup depuis longtemps. Les socialistes siègent à la région flamande mais pas au fédéral. Et la politique de l’Emploi est le cheval de bataille du très rigide ministre Franck Vandenbroucke. «Et puis, vous savez comment ça va», soupire Patrick Dewael. L’homme sait: il a lui-même été ministre-président flamand. «On arrive avec ça au parlement flamand et c’est la spirale. C’est impossible à arrêter.»

Comprenez: tout sujet touchant de près ou de loin la cause flamande provoque inévitablement la surenchère. Chrétiens et libéraux flamands s’oublient et hurlent avec les loups. Quitte à se mettre eux-mêmes au danger au fédéral.

5. Quelle conclusion?

Kris Peeters est content. «On» a retiré la partie controversée. «On» prend le flamand au sérieux, dit le ministre-Président «ravi». Jamais la Flandre n’a voulu bloquer le plan de relance dans son ensemble, insiste Peeters. Bon. Ceci clôture donc un nouvel épisode du «chat flamand qui joue avec les nerfs de la souris francophone». Il faut dire que la souris Reynders avait tiré un bon coup sur les babines du chat Peeters lundi passé.

Prolongez l'info dans L'Avenir, Le Jour, Le Courrier de ce vendredi 20 février