Rarement Oliver Stone se sera fourvoyé autant que dans cette adaptation de la vie d'un conquérant transformé en triste pleurnicheur.

On peut admirer la carrière d'Oliver Stone. Applaudir l'engagement politique qu'il manifesta jadis. Ou s'agenouiller, chaque matin, devant le poster mis sous cadre de Platoon ou JFK. Il n'en reste pas moins que tout Oliver Stone qu'il est, il a le droit de se planter. Avec Alexandre, il n'a pas fait les choses à moitié.

Muons-nous d'abord en avocat : adapter la vie de l'empereur ne s'annonçait guère aisé. Parce qu'on pardonne rarement aux cinéastes - de surcroît, aux cinéastes de génie - leurs égarements historiques. Parce que la vie d'Alexandre, pourtant mort à 33 ans, fut d'une densité rare. Mais aussi et surtout parce qu'Alexandre cultiva, durant sa courte existence, une certaine ambiguïté : grand conquérant mais longtemps sous la coupe de sa mère, combattant viril mais superstitieux, courtisé par les plus belles femmes mais homosexuel notoire.

Il faut croire que c'est cette dernière dimension qui a principalement guidé Oliver Stone. Qui a transformé cet homme charismatique, capable de faire de son petit royaume de Macédoine le maître du gigantesque empire achéménide, en un homo refoulé pleurnichant à la moindre contrariété. Cliché. Si bien qu'on a du mal à croire, au terme des quasis trois heures de film, que des armées de molosses aient pu suivre jusqu'au bout du monde et au péril de leur vie une telle mauviette.

Bien sûr, l'on peut s'extasier sur les scènes de combat, pour lesquelles Stone n'a plus de leçons à recevoir. Mais on est surtout agacé par la façon désordonnée avec laquelle le réalisateur de World Trade Center nous conte la destinée de son héros.

Comme si ça ne suffisait pas, le casting n'est pas, mais alors pas du tout, à la hauteur de ce qui était annoncé comme l'événement cinéma du début d'année 2005. Prenez Colin Farrell : non content de jouer les «Droopy», ce beau brun né en Irlande nous apprend que l'eau oxygénée aurait été inventée à l'Antiquité puisqu'il apparaît, derrière la caméra d'Oliver Stone, affublé d'une nouvelle et permanentée coiffure blonde.

Les Macédoniens doivent également être les concepteurs de la crème antirides. Car Angelina Jolie, qui interprète la mère du beau Colin (dont elle est tout de même l'aînée de... onze mois), ne prend pas un pli entre l'enfance du petit Alex, et la mort d'Alexandre devenu grand. Tout le contraire du film...

France 2, 20.50