Turquie : victoire totale des islamistes

Le parti du Premier ministre Reçep Tayyip Erdogan a remporté haut la main les législatives de dimanche. (photo Reuters)

Malgré sa victoire écrasante, le parti au pouvoir (AKP), issu de la mouvance islamiste, n'est pas certain de résoudre la crise. Il devance largement l'opposition pro-laïque.

Le parti au pouvoir en Turquie, issu de la mouvance islamiste, a remporté une victoire écrasante aux législatives de dimanche face à l'opposition pro-laïque, selon des résultats non officiels annoncés par les télévisions CNN-Türk et NTV.

Le Parti de la justice et du développement (AKP) du Premier ministre Recep Tayyip Erdogan (53 ans) recueille 47,6 % des voix après dépouillement de plus de 80 % des bulletins et obtient la majorité absolue au Parlement, selon les mêmes sources.

Il est suivi par le principal parti d'opposition pro-laïque, le Parti républicain du peuple (CHP, social-démocrate) qui recueille 20,2 % des suffrages.

Le Parti de l'action nationaliste (MHP, nationaliste), qui a des positions dures contre l'Union européenne, entre autres, arrive en troisième position avec 14,4 % des voix, ce qui lui permet de retourner au Parlement.

Les projections faites par les chaînes montrent que l'AKP détiendra 334 sièges à l'Assemblée nationale qui en compte 550 au total. Ce résultat permettrait à l'AKP de former seul le nouveau gouvernement.

Aux législatives de 2002, il avait recueilli 34 % des voix, ce qui lui avait donné 351 députés mais ce chiffre devrait être moins important avec l'arrivée du MHP, ainsi qu'une trentaine de députés indépendants.

Erdogan n'avait pas hésité à personnaliser le scrutin en annonçant qu'il quitterait la politique si son parti n'était pas en mesure de gouverner seul.

«La démocratie a gagné . Les électeurs ont reconnu que le gouvernement avait fait de bonnes choses et lui ont donné un nouveau mandat», a commenté Salih Kapusuz, vice-président de l'AKP.

Les quelque 42 millions d'électeurs turcs avaient le choix entre reconduire le parti au pouvoir pour un deuxième mandat ou soutenir des formations favorables à une stricte laïcité de l'État.

Ce scrutin anticipé est censé dénouer la crise politique qui a éclaté au printemps entre M. Erdogan et les pro-laïcs, dont l'armée, qui soupçonnent le gouvernement de chercher à islamiser en catimini le pays.

Erdogan a été contraint d'avancer les législatives prévues en novembre après avoir échoué à imposer au Parlement son candidat à la présidence, le chef de la diplomatie Abdullah Gül, ex-figure de la mouvance islamiste.

Il n'est cependant pas certain que le scrutin règle la crise qui pourrait resurgir lors de l'élection du président par le nouveau Parlement, si l'AKP refuse de présenter un candidat de compromis.