Fêter le 21 juillet en toute liberté

(photo Belga)

Pour Raymond Itterbeeck, célébrer la Fête nationale est un luxe. Car il a connu l'époque où il était strictement prohibé de le faire.

+ Un petit coup de Belgitude une fois !

Cette année, Raymond Itterbeek ne sera pas présent au milieu des anciens combattants, prisonniers de guerres et prisonniers politiques rassemblés, demain, au pied de la tribune royale : c'est de son domicile de Chaumont-Gistoux qu'il suivra à la télévision le traditionnel défilé auquel prenaient part, naguère, tous ces vétérans.

La célébration du 21 juillet n'en a pas moins une signification particulière pour lui, «celle de la liberté. Car j'ai connu l'époque où manifester son attachement à la Belgique à l'occasion de la Fête nationale était strictement interdit. Nous le faisions donc en catimini, au nez et à la barbe des Allemands.»

Cet alerte octogénaire - 85 ans cette année - ne s'est pas contenté de défier l'occupant en ce jour particulier, durant la Seconde guerre mondiale. Il a fait partie du groupe «Comète», chargé de l'évacuation des aviateurs anglais et américains abattus en mission au-dessus de notre pays. C'est à ce titre, que, arrêté en janvier 1944, il a été condamné à mort le 23 juillet suivant, et déporté en Allemagne, dont il est heureusement rentré.

Aujourd'hui, il se fait un devoir de témoigner, à chaque fois qu'il le peut, à toutes les manifestations patriotiques. «Car, pour en revenir au 21 juillet, la Fête prend un goût tout particulier pour tout qui se l'est vu interdire.»

Un message

Ce message, Raymond Itterbeek veut le transmettre à la jeunesse, aussi longtemps que sa santé le lui permet. «Je me rends dans des écoles, pour expliquer ce qu'a été mon combat. Parfois, on m'avertit que je vais me trouver devant une classe difficile, et pourtant, jamais je n'ai eu de problèmes à me faire entendre. Aux étudiants qui sont en face de moi, j'explique que j'étais aussi jeune qu'eux, quand j'ai commencé à résister. Parce que les jeunes étaient les premiers à souffrir des privations et du manque de liberté. Pas question, par exemple, à l'époque, de sorties : le soir tombé, les lumières devaient être occultées, et il était interdit d'être en rue. La réaction contre ces frustrations a conduit à la résistance...»

Le problème, c'est que ces anciens aptes à témoigner sont de moins en moins nombreux. Raymond Itterbeek est un des derniers administrateurs de l'Institut National des Invalides de Guerre, «que le ministre de la Défense, André Flahaut, voulait supprimer, mais qu'il a conservé après notre vigoureuse protestation.»

Avec le ministre brabançon, le courant, ensuite, est bien passé, «et il se montre toujours attentif aux anciens». Pour toucher les jeunes, par contre, au-delà des témoignages personnels, il faudrait une action éducative à long terme. «Mais les ministres se heurtent aux directions d'école, parfois hostiles à une initiative d'ensemble.» Il y a pourtant urgence : «quand je témoigne, je vois parfois des enseignants prendre note. L'une d'entre elles m'a même demandé un jour ce qu'était un camp de concentration. Il n'en manque pourtant pas dans le monde d'aujourd'hui. Hélas...»

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