La mauvaise blague de Luperto

Jean-Charles Luperto a présenté ses excuses mais Joseph Daussogne refuse de retirer sa plainte. (photo EdA - Jacques Duchateau)

«On va cramer ta baraque». Jean-Charles Luperto, député-bourgmestre de Sambreville, a fait un canular téléphonique de mauvais goût à Joseph Daussogne, maïeur de Jemeppe-sur-Sambre. Désolé, Luperto explique avoir seulement voulu faire une blague, un jour de fatigue.

Qu'est ce qui leur est passé dans le ciboulot? Comme des larrons en foire, à la fin d'un collège communal épuisant, le 21 juin dernier, les échevins et le député bourgmestre de Sambreville Jean-Charles Luperto (PS) ont voulu rigoler un peu. Quelques-uns d'entre eux avaient déjà été les pigeons de ce canular téléphonique «téléchargeable». Et, pour décompresser, ou pour fêter l'arrivée de l'été, au lieu d'un bon rosé, ils ont pensé qu'ils pourraient peut-être bien rire aussi de l'effet de surprise de ce message déconnant et insultant sur une de leurs connaissances.

Bon, ce n'est pas très fin. L'interlocuteur «piégé» se fait d'abord traiter d'enc... Puis, on le menace de faire cramer sa maison.

C'est marrant mais c'est idiot. Celui qui reçoit la vanne, ce soir-là, n'est autre que le bourgmestre de la commune voisine de Jemeppe-sur-Sambre, Joseph Daussogne. Socialiste lui aussi et agriculteur de son état. Âgé de 73 ans. Un nom dans la région où sa repartie métaphorique a déjà mis des fessées à pas mal d'adversaires. C'est un dur à cuire. D'autant plus qu'il a avec lui la légitimité des urnes. Malgré son âge respectable, dans son fief géré d'une main de fer, il a encore gagné les élections communales face à de plus jeunes que lui.

Il gagne là où d'autres socialistes perdent, comme le sénateur Mahoux qui a perdu la commune de Gesves et encore comme le même député Luperto qui, quoiqu'élu bourgmestre à Sambreville, a vu sa formation reculer de trois sièges.

Il se fait que des élus de Sambreville et de Jemeppe-sur-Sambre se côtoient dans des conseils d'administration d'intercommunales. Notamment au sein de l'intercommunale hospitalière de la Basse-Sambre (AISBS) où Daussogne est président du conseil.

Luperto décrit son aîné Daussogne comme un âpre aux gains. Daussogne, lui, ne supporte pas l'ambition autoritaire du trentenaire qui bousculerait tout pour devenir ministre.

Mise à l'instruction

Ministrable, il l'est. Proche du boulevard de l'Empereur et d'Elio di Rupo, dont il partage les mêmes origines, il est d'ailleurs pressenti comme probable successeur de Christiane Vienne aux Affaires sociales.

La dernière passe d'arme se joue le 28 juin dernier.

Certain de ses capacités de gestionnaire pragmatique, Daussogne espérait bien rester en place, au moins trois années de plus. Pas de chance. Luperto avait un autre candidat à qui faire plaisir. Daussogne, battu, rentre amer à Jemeppe-sur-Sambre. Lui, le gagnant, le voilà déboulonné par des ingrats. Sûr qu'il allait encore livrer bataille.

La blague téléphonique intervient dans ce contexte. Ébranlé, Daussogne, guère au fait de la téléphonie moderne, a confié son portable à la police. L'affaire a été mise à l'instruction pour permettre l'identification du numéro de l'appelant. Surprise totale.

Luperto a présenté ses excuses et demandé à Daussogne de retirer sa plainte. Il a refusé, car il a eu peur pour sa ferme et que, dit-il, ce ne sont pas des manières.

L'affaire ne débouchera sans doute sur aucune inculpation. Elle est croquignolette. Clochemerlesque. Mais elle jette une ombre sur la route d'un ministrable.

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