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Crises et confidences à Val Duchesse

Charles-Ferdinand Nothomb, ancien m inistre et président du PSC, raconte ses longues négociations à Val Duchesse.

Yves Leterme a choisi d'installer ses négociations à Val Duchesse. Charles-Ferdinand Nothomb, vous qui avez si souvent négocié là-bas, pourquoi cet endroit? Qu'a-t-il de tellement incroyable?

C'est un lieu où on est coupé du monde. On peut sortir du bâtiment sans avoir la tentation de parler à un journaliste. On peut y rester de jour comme de nuit, et y manger. On peut aussi se promener dans le parc, ce qui permet les caucus, les conversations personnelles. Les promenades dans le parc ont une vertu physique et une vertu politique. On échange les confidences.

Qu'est-ce qui fait la particularité de ces lieux?

À Val Duchesse, il y a deux bâtiments. D'abord le Prieuré qui est petit et fermé sur lui-même. C'est un lieu qui permet la petite réunion. Il y a une plus grande salle à l'étage, dans le grenier. Mais sans lumière. Je souffre, moi, dans les lieux fermés. Je me souviens très bien d'avoir proposé plusieurs fois de tenir la réunion au jardin, en été, quand il faisait beau. Val Duchesse a aussi cet avantage. L'autre côté de Val Duchesse, c'est le château. Les salles sont plus grandes et on se trouve au milieu du parc.

Et puis, au-delà des aspects pratiques, c'est un lieu qui est symboliquement extrêmement fort.

Pour le moins. Le premier symbole, c'est le Val Duchesse européen. En 56, 57, c'est là que s'est construit le traité de Rome qui donnait naissance à la Communauté européenne. On vient d'ailleurs de fêter le 50e anniversaire de Val Duchesse. Depuis cet évènement, le conseil des ministres européens a emprunté plusieurs fois l'endroit au gouvernement belge.

Val Duchesse, ce sont les grandes négociations communautaires aussi...

Oui. C'est le second symbole de ce lieu. C'est là qu'on a créé les six communes à facilité de la périphérie bruxelloise. Ça a représenté une défaite flamande. 43 ans plus tard, on est dans le même lieu avec une revanche à prendre. Pour les Flamands, les facilités étaient temporaires. Vous voyez que ce n'est pas anodin. Et enfin, troisième symbolique de Val Duchesse, ce sont les terribles négociations budgétaires. On était au moment le plus dramatique lorsqu'il a fallu opérer des arbitrages douloureux et imposer des sacrifices à la population. Moi, j'ai connu ces trois Val Duchesse-là.

On se retire à Val Duchesse pour les grands moments, quand on a besoin de fuir la pression médiatique et quand on doit prendre des décisions difficiles.

C'est ça. On va là quand on a besoin d'un cadre exceptionnel pour trouver une solution tout aussi exceptionnelle. Val Duchesse donne une autre ambiance aux discussions, installe une dramaturgie. Ceux qui négocient y sont plus proches, plus humains.

Un conseil de sage que vous pourriez donner à Yves Leterme et aux négociateurs de l'orange bleue?

Dans chaque négociation, il faut penser à aujourd'hui mais aussi à demain et à après-demain. Quand vous faites un accord, il faut penser aux conséquences pour l'avenir. Or l'une des méthodes de négociations consiste à remettre à plus tard. On a trop souvent accordé des choses en les remettant des années plus tard. Or ce moment arrive toujours trop vite. C'est un grave danger de négocier en étalant les conséquences.

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