"On va montrer ce qui est fait"

Président du World Forum Lille, Philippe Vasseur est dans la lignée des patrons nordistes qui se veulent acteurs de changement social.

Journaliste de formation (on le vit à TF1, au Figaro et aux Échos), Philippe Vasseur préside aujourd'hui aux destinées du Crédit mutuel, une banque généraliste non... cotée en bourse, établie à Lille. 4 000 collaborateurs, dont 350 en Belgique. Entre les deux, et pendant 14 ans, il mena une brillante carrière politique. Il fut ministre de l'Agriculture et de l'Alimentation, de 1995 à 1997, dans un gouvernement Juppé, sous Chirac.

Votre prise de conscience environnementale est-elle liée à votre expérience ministérielle ?

La force de l'agriculture, ce sont les bons produits. Dont je suis un amateur. Comme ministre, je voulais qu'on réapprenne une agriculture de qualité, respectueuse de l'environnement. Mais ce langage ne passait pas bien à l'époque. Vous n'êtes pas là pour vous occuper des consommateurs mais des agriculteurs, me disait-on. Avec le séisme de la vache folle, qui a agi comme un détonateur de l'opinion, les réticents ont été obligés de changer. Aujourd'hui, les pratiques agricoles sont meilleures : plus économes en eau, en intrants. Mais les agriculteurs ne le disent pas suffisamment...

Un atelier du Forum posera la question du rôle des médias en matière de développement durable : informer ou alarmer l'opinion ? Quel regard portez-vous sur la profession ?

Lors de la crise de la vache folle, la presse a globalement bien fait son travail. Même si certains médias, sans avoir étudié la complexité du dossier, ont raconté n'importe quoi pour faire de l'audience. Ce n'est pas forcément le rationnel qui fait recette : la peur fait vendre, on le voit bien ces jours-ci avec le problème des banques. Mais pour que les journalistes fassent bien leur travail, il faut que les autorités leur permettent un accès aux informations. Lors de la crise de la vache folle, la France a été très pugnace sur le plan de la transparence.

Vous présidez le réseau « Alliances », qui organise le Forum de Lille. De quelles alliances s'agit-il ?

Lorsque le Nord était la première région industrielle de France, la région a connu des conflits sociaux très durs, parfois avec des morts. Mais, en même temps, une partie du patronat se voulait proactif sur un plan social. Voici un siècle, à une époque où ce n'était pas généralisé, des chefs d'entreprise ont créé un système d'allocations familiales pour leurs travailleurs. Je ne veux pas verser dans l'angélisme, mais cet état d'esprit reste présent dans le Nord. En 1993, dans le contexte des avancées du mondialisme, des technologies et d'un capitalisme de plus en plus spéculatif et de moins en moins entrepreneurial, nous avons créé le mouvement Alliances. Dans le but de développer et d'accompagner la responsabilité environnementale et sociale, tant dans les grandes entreprises que dans les PME. Alliances est aujourd'hui un réseau de 180 entreprises.

En 2008, tout le monde est branché « développement durable » mais vous dites vous-même que les grands sommets mondiaux ne changent rien à la malnutrition et aux rejets de CO2...

Le World Forum n'est pas un grand symposium de plus. Notre credo c'est qu'on est tous responsables là où on est. Et que, sur le long terme, le respect de l'environnement et du social permettra d'améliorer les performances économiques. Cela, on veut le démontrer en montrant ce qui est fait. Et en montrant que des solutions existantes peuvent être dupliquées ailleurs.

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