Dehaene, cheval de trait tout en finesse

En 2007, Jean-Luc Dehaene a fait 24h de garde-à-vue... pour un jeu télévisé. (photo Belga)

VIDEOS | "Une défaite du Club de Bruges, je trouve ça plus grave qu'une chute du gouvernement". Jean-Luc Dehaene n'est pas réputé pour sa délicatesse. Mais le nouveau président de Dexia peut montrer un second degré surprenant. Sélection vidéo.

En 2007, Jean-Luc Dehaene a fait de la taule. Oui, il a passé une nuit enfermé à la prison de Vilvoorde. Il n'avait pas organisé de vastes complôts banquaires pour refourguer des subprimes à toute l'Europe en tant que président de Dexia: il n'était pas encore en poste, forcément. Non, en 2007, Dehaene s'est retrouvé coffré pour un jeu télé de la VRT, "Le Combat pour les monuments", qui permettait d'empocher 500.000 euros pour rénover un immeuble du patrimoine flamand. Et Dehaene, en tant que bourgmestre de Vilvoorde, jouait pour sauver le Tuchthuis, l'ancienne geôle de sa belle ville brabançonne.

L'histoire est anecdotique. Mais révèle un trait de caractère de Jean-Luc Dehaene: il aime se mettre en scène, et pas uniquement pour fédéraliser la politique belge. Ainsi, celui qu'on surnomme parfois le "cheval de trait brabançon" accepte souvent que les équipes de télévision le suivent au Jan Breydel Stadion, le repaire de son équipe de foot fétiche: le Club de Bruges. Ou que les caméras de la RTBF le filment durant la coupe du monde de foot, engloutissant des poignées de chips aussi vite que Wilmots, Albert et Scifo dribblaient la défense adverse aux Etats-Unis. Puis éructer de bonheur, postillonant le fromage blanc des Buggles, quand les Diables ouvrent la marque. Une séquence que le Laatste Show, fameuse émission dominicale de la VRT, n'a pas manqué de remonter en remplaçant les images de foot par un discours du roi Albert II. Au grand plaisir de Dehaene, présent en plateau.

Celui qui préside désormais Dexia peut aussi se détacher spectaculairement de toute considération narcissique. Il sait sans doute très bien qu'il est à Brad Pitt ce qu'Anne-Marie Lizin est à Angelina Jolie. Pourtant, il accepte de participer, dans le plus simple appareil, à une campagne de prévention européenne contre le psoriasis et le cancer de la peau. Pour un collectionneur de coqs, voilà bien comportement aux antipodes d'une guerre de basse-cour.

Parfois enfin, Jean-Luc Dehaene commet un impair. Une maladresse. Ou plutôt, une bourde proportionnelle à sa carrure, qui n'est pas uniquement politique. Ainsi, lors des négociations à couteaux tirés après les élections de juin 2007, Dehaene plonge les sabots dans le waterzooi. Bien planqué dans sa berline avec chauffeur, il débarque chez le roi avec ses propositions de déminage sur les genous. Par naïveté sans doute, ignorant des prousses technologiques actuelles. Fusillé par les photographes de presse, Dehaene voit s'échapper sa confidentialité à travers ses vitres teintées: la fameuse "note Dehaene" se retrouve le soir même dans les JT et à la une des journaux le lendemain. Plus tard, le fabriquant d'appareil photo ayant servi au hold-up se réappropriera l'incident, grâce à l'aide de l'agence de pub Duval Guillaume, pour répandre sur le web ses qualités.

A la tête de Dexia, le coq devra davantage sentir d'où vient le vent.

Julien RENSONNET

+ Dossier sur la crise banquaire dans Vers l'Avenir, Le Jour, Le Courrier de ce mercredi 8 octobre.