COMMERCE EQUITABLE

Le secrétaire général d'Oxfam démissionne

Le secrétaire général d'Oxfam démissionne

Denis Lambert avait fondé le premier Magasin du Monde il y a 30 ans. (photo EdA)

Denis Lambert, figure historique des Magasins du Monde, démissionne. Il ne se sent pas outillé pour mener les réformes qu'il juge indispensables.

Le commerce équitable, il est to mbé dedans quand il était petit. Adolescent, Denis Lambert a créé le premier Magasin du Monde au collège de Floreffe, à l'âge de 16 ans. Trente ans après, il démissionne d'un navire qui ne vogue pas sur une mer d'huile...

Bénévole depuis 30 ans, salarié de l'ASBL depuis un peu plus de 20 ans, secrétaire général des Magasins du Monde - Oxfam depuis 17 ans, Denis Lambert doit encore analyser avec le bureau les modalités de son départ, qu'il pressent pour l'automne. «J'irai certainement jusqu'aux petits-déjeuners», en novembre.

Les organes de décision de l'ASBL désigneront rapidement un secrétaire général intérimaire, qui assurera la transition, durant ces quelques mois.

Pourquoi ce départ? «À 46 ans, il faut pouvoir changer. Je le fais plus rapidement que prévu parce que nous avons connu en 2006 des difficultés économiques», explique celui que le grand public identifie quasi automatiquement au commerce équitable, mais qui est contesté en interne.

Plus difficile dans le non-alimentaire

«Le commerce équitable est en plein boom de notoriété, analyse Denis Lambert. Les progrès en chiffres d'affaires suivent, mais c'est beaucoup plus facile dans l'alimentaire que dans le non-alimentaire.»

Or, si dans les 130 Magasins du Monde, on trouve autant de produits alimentaires que d'artisanat, l'ASBL, elle, ne s'occupe que de non-alimentaire. C'est sa soeur du Nord du pays qui importe l'alimentaire.

«Pour le non-alimentaire, si on veut connaître à nouveau la croissance, il va falloir changer de méthodes. Et ce n'est pas mon métier de base. Moi, je suis un animal politique. De ce côté, je suis à l'aise : on a plus de 100 Jeunes Magasins du Monde dans les écoles, un réseau de 3 000 bénévoles. Mais pour la partie plus commerciale...»

Un départ lié aux contestations sur les campagnes de pub? «Pas du tout! Quand on fait une campagne de pub, le but c'est qu'on en parle.»

Un conflit alors entre «commerce» et «équitable»? «Franchement, non. C'est clair que le commerce équitable est à un tournant. Il y a de plus en plus d'acteurs. Certains proposent un commerce équitable 'light'. Nous, nous voulons rester une référence.»

Quitte à devenir une niche? «Moi, je n'ai jamais voulu aller vers une niche. Ce que j'ai voulu, c'est être deux fois plus commercial et deux fois plus politique. Pas l'un sans l'autre. Ça, c'est en terme d'approche.»

«Maintenant, en terme de gestion, peut-on gérer une entreprise avec un conseil d'administration représentant des bénévoles? Je crois qu'il faut revoir cette gestion et ce management. Et je n'ai pas envie de faire ça. Parce que je ne suis pas outillé pour le faire.»

«Est-ce qu'il ne faut pas envisager de travailler à l'échelon européen? Comment faire pour continuer à travailler avec des producteurs marginalisés tout en assurant une sécurité d'approvisionnement? Je n'ai pas les compétences pour aller dans ce sens...»

«C'est vrai que ce serait plus amusant de partir en pleine croissance, mais la situation de 2006 a précipité les choses. Mais je vous rassure : en 2007, c'est stabilisé.»

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