Seniors

Démence et bien-être compatibles

Le home Saint-Joseph de Temploux accueille les personnes âgées dans un cadre qui met leurs sens en éveil. Une clé du bien-être.

L es chiffres sont là : aujourd'hui, 4 à 7 % des sexagénaires et une personne de plus de 80 ans sur cinq sont atteintes de démence. Souvent liée à la maladie d'Alzheimer, d'ailleurs.

C'est pour tenter d'améliorer les conditions de vie des personnes âgées démentes que la Fondation Roi Baudouin sort aujourd'hui «Où vivreentouré?», un ouvrage qui se penche sur les lieux de vie résidentiels et la qualité de leur accueil. Il évalue si les besoins des vieilles personnes atteintes de démence sont rencontrés en ces lieux.

Un constat : même si certains homes sont hélas encore des mouroirs et des «parcs à déments», la situation sur le terrain a tendance à s'améliorer. Des initiatives fleurissent ça et là pour tenter d'intégrer les déments dans la vie des homes comme n'importe quelle personne âgée. Le problème majeur reste toutefois la médicalisation excessive au détriment de l'aspect affectif.

«Les besoins de ces personnes âgées ne sont pas uniquement physiologiques mais aussi relationnels» explique Caroline Guffens, l'une des auteurs du rapport. «Dans cette publication, nous avons voulu montrer que les valeurs sont aussi importantes que les compétences médicales : laisser de l'autonomie en dépit de la démence, respecter les rythmes, laisser des prises de décision... Tout cela est fondamental.»

Et dans les endroits qu'elles ont visités, Caroline Guffens et sa collègue l'on clairement constaté : les personnes âgées se sentent beaucoup mieux lorsque ces valeurs sont respectées.

Snoezelen

Parmi les exemples de projets innovants, il y a celui du home Saint-Joseph de Temploux. Au deuxième étage sécurisé où vivent les déments, on pratique le «Snoezelen». Un concept hollandais basé sur la stimulation des sens et des activités d'éveil qui contribuent à lutter contre l'ennui et donc à la perte des capacités.

Là, le matin, les infirmières font le café avec les patients pour qu'ils sentent l'odeur. Des colonnes d'eau colorée où circulent des bulles d'air, des lumières design, des murs colorés, une ambiance zen baignée de douceur où les personnes âgées apprennent à toucher des matières, ressentir leur environnement, respirer des odeurs. Un tissu communicationnel capital pour les déments qui n'ont parfois même plus la possibilité de s'exprimer oralement.

Dans la pièce de «réminiscence», des objets et des meubles anciens, un environnement familier pour les vieilles personnes qui gardent ainsi contact avec leur parcours de vie.

Et puis, enfin, la pièce «blanche». Lieu de sensations où règnent une douce musique et des lumières tamisées. Un endroit intime où sont données des séances personnalisées de bien-être autour d'un rocking chair, d'un lit d'eau. La personne âgée sent, touche entre en contact avec l'infirmière qui parfois la berce.

Tout est fait, explique la directrice, pour redonner aux personnes âgées les sensations primaires du foetus.

La boucle est bouclée. Pour tous ces gens dont la fin de vie s'apparente souvent à un cauchemar, le retour à la douceur est visiblement une source ultime d'apaisement. Et c'est bien le moins qu'elles méritent.

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