Attentats ratés : les "auteurs amateurs" difficiles à repérer

Attentats ratés : les "auteurs amateurs" difficiles à repérer

La police britannique recherche activement les auteurs des attentats ratés. (photo Reuters)

L'échec des trois tentatives d'attentats en Grande-Bretagne semble trahir l'amateurisme de leurs auteurs. C'est aussi la raison pour laquelle ils sont si difficiles à repérer, estiment deux spécialistes français.

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A Londres comme à Glasgow, les systèmes de mise à feu des bombes trouvées à l'intérieur des voitures piégées (de simples bouteilles de gaz, de l'essence et des clous) n'ont pas fonctionné, ce qui laisse penser que les auteurs des attaques, bien que motivés, manquaient d'expertise technique, remarquent-ils.

Louis Caprioli, qui a dirigé jusqu'en 2004 la lutte anti-terroriste à la Direction de la surveillance du territoire (DST), a "l'impression qu'on est en présence de gens déterminés à mourir: à l'aéroport de Glasgow, ils sont entrés dans l'aéroport avec le véhicule. Mais ils ne maîtrisent pas le plus délicat: la mise à feu". "Cela veut dire qu'ils ne se sans doute pas rendus dans des camps d'entraînement et ont acquis localement leur savoir-faire.

Peut-être certains d'entre eux ont une petite connaissance, mais pas une expertise", ajoute-t-il. "Cela démontre les limites de l'auto-formation sur internet: ce n'est pas la solution miracle qui permet aux gens de maîtriser complètement le processus pour fabriquer un engin explosif".

Plus de 2000 suspects

Le chercheur Dominique Thomas, auteur du livre: "Le Londonistan, le jihad au coeur de l'Europe", estime lui aussi que l'on a sans à faire, comme lors de la tentative d'attentats ratés dans le métro londonien le 21 juillet 2005, à des jihadistes qui "ne semblent techniquement pas bien au point."

"Il y a une détermination, mais pas tellement de professionnalisme dans les moyens (...) Il se peut que cela soit une génération locale, spontanée, qui a décidé de passer à l'action mais qui pèche par son amateurisme. On peut trouver sur internet des vidéos venant d'Irak sur comment piéger une voiture. Mais le faire n'est pas aussi simple qu'on le pense", ajoute-t-il.

Il y a en Grande-Bretagne un vivier de volontaires prêts à passer à l'action: en novembre 2006 la directrice du MI5 (sécurité intérieure), Eliza Manningham-Buller, avait annoncé que plus de 1.600 personnes appartenant à quelque 200 groupes ou réseaux étaient surveillés par ses services dans le pays. Depuis, selon une enquête de la BBC en mai, ce chiffre a augmenté de 25%, dépassant aujourd'hui les 2.000 suspects.

Deuxuième génération du Londonistan

Cela pose aux forces de l'ordre un problème insoluble, estime Louis Caprioli. "La grande difficulté, c'est que vous êtes obligés de faire des choix" assure-t-il. "Vous ne pouvez pas surveiller tout le monde avec les mêmes moyens. Une surveillance demande une logistique considérable: il faut des gens pour traduire, d'autres pour exploiter les numéros, faire les enquêtes. C'est colossal. Vous arrivez vite à saturation".

C'est pourquoi des terroristes amateurs, s'ils font attention à pas attirer l'attention, sont introuvables avant le jour J. "S'ils fonctionnent en autarcie, ils sont indétectables et c'est la pire des menaces. Les services n'ont aucun début de fil à tirer pour remonter jusqu'à une cellule. Un groupe n'ayant aucune relation avec l'extérieur, qui s'est auto-radicalisé et qui décide du jour au lendemain de passer à l'action: imparable".

Pour Dominique Thomas, il pourrait s'agir de "la seconde génération du Londonistan: ils sont nés en Grande-Bretagne, ils ont été formés au départ par les imams prédicateurs et ont continué dans leur sillage après leurs arrestations". "Une émulsion s'est faite: ils sont maintenant livrés à eux-même et très déterminés. Ils peuvent passer à l'action". (Belga)

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