Jörg Jaksche passe à table à son tour. Il a avoué s'être dopé pendant de longues années. Est-ce le début de la grande lessive?

Que se passe-t-il dans le milieu du cyclisme professionnel? Ces dernières semaines, bon nombre de coureurs sont passés à table. Zabel, Riis, pour ne citer que ceux-là. Hier, c'est Jörg Jaksche qui les imite, et en ne faisant pas dans la dentelle. Interdit de championnat d'Allemagne pour sa participation présumée dans les sombres manipulations du docteur Fuentes, l'ancien vainqueur de Paris-Nice, qui avait trouvé refuge dans l'équipe Tinkoff, a tout déballé dans une interview accordée au Spiegel. C'est impressionnant.

C'est bien sûr à l'EPO et à l'hormone de croissance qu'a fonctionné le tricheur. Qui reconnaît notamment son implication dans le réseau de dopage sanguin organisé par le médecin espagnol Eufemiano Fuentes, où il était connu sous le pseudonyme de «Bella».

«Bella, c'est moi. C'est mon sang qui a été trouvé dans trois pochettes chez Fuentes, je suis le Numéro20 dont il est question sur les documents, j'ai été client de Fuentes en 2005 et 2006 à Madrid», déclare le coureur de 30 ans à l'hebdomadaire à paraître lundi.

Mais pourquoi ces aveux subis? Le remord, les regrets? Ou, sinon la vraie peur des contrôles de plus en plus poussés? Apparemment une nette volonté de faire la lumière complète sur le milieu du dopage et ses instigateurs. Là, on applaudit des deux mains, d'autant que Jaksche est aussi prêt à se présenter comme témoin principal devant l'Agence mondiale antidopage, l'UCI et la justice.

Jaksche raconte avoir pris de l'EPO pour la première fois en juin 1997, alors qu'il était sous contrat chez Polti. Pendant le Tour de France 1998, «quelqu'un dans notre équipe a eu l'idée de cacher 10 000 ampoules d'EPO dans un aspirateur à double fond que nous trimballions avec nous dans notre autocar.» Pire : le patron de l'équipe à cette époque, Gianluigi Stanga, aujourd'hui chez Milram, où court Erik Zabel, était au courant de ces pratiques. Toujours selon Jaksche, ce fut du même acabit chez Telekom, de 1998 à 2000, et chez Once, qui l'a employé de 2001 à 2003. Fin 2003, même topo chez CSC, dirigée par Riis. «C'est pervers, mais le cyclisme sans le dopage ne peut être juste que si vraiment plus personne ne se dope», commente Jaksche.

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