énergies

Ils vivront dans un thermos en béton

Un couple construit la 1 re maison passive en béton de Belgique. Par an, elle devrait à peine consommer l'équivalent de 150 l de pétrole.

Une maison qui sort de terre dans un lotissement de Tenneville, dans les Ardennes. À première vue, rien ne la démarque des autres. Les ouvriers achèvent le toit. Tandis que d'autres peaufinent le plafonnage. Pourtant cette construction, l'air de rien, recèle bien des mystères... Car plus qu'une maison, on pourrait parler de coffre-fort. Ou de thermos, c'est selon. Le bâtiment de béton est emballé dans une couche d'isolant à faire frissonner un esquimau. Le but : réduire la consommation énergétique, et créer une maison dite «passive». Soit un bâtiment qui fonctionne sans chauffage.

«Cela fait 3 ans que nous sommes sur ce projet de maison basse consommation, explique Joël Cornet, le propriétaire. L'idée est venue de nos besoins en matière de chaleur. Ici, il n'y a pas de gaz de ville. Et nous ne sommes pas pour l'utilisation du mazout.»

Le concept de maison passive fait tache d'huile, en Belgique. Des constructions de ce type, en bois, poussent un peu partout sur le territoire. Et ici, la particularité, c'est le matériau utilisé : du béton. Une première. «Nous avons dû faire avec les prescriptions urbanistiques, assez sévères. Une construction de bois, c'était exclu. On s'est dit qu'il y avait peut-être moyen d'appliquer des caractéristiques des maisons passives à une construction traditionnelle...».

Joël Cornet et Carole Joie se lancent donc dans l'inconnu. Seuls, avec de la motivation et de l'huile de coude, puisqu'aucun entrepreneur ne connaît ces techniques.

Inabordable?

«Les entrepreneurs préfèrent faire ce qu'ils connaissent, explique Pascale Hardy, ingénieur, à la Plate-Forme Béton. Si une entreprise accepte ce défi, elle va augmenter les prix par sécurité. Pour construire une maison passive, il faut être très méticuleux. Cela deviendrait inabordable...»

Depuis deux ans, le couple passe son temps libre sur le chantier. «Joël ne m'avait pas dit que je serais aussi mise à contribution!», sourit Carole. Ils se débrouillent seuls, récoltant leurs informations à droite et à gauche, pour bâtir la maison de leurs propres mains.

Les caractéristiquesdu bâtiment? Des triples vitrages. Des murs épais de 60 cm, dont la moitié d'isolant. «Car l'économie d'énergie à l'intérieur ne sert à rien si l'air s'échappe...». Un système de ventilation, au départ d'un puits canadien, et une mini-chaudière à pellets remplacent le chauffage. L'ensemble devrait consommer 100 à 150 litres par an d'équivalent pétrole.

Joël et Carole jouent aussi sur l'inertie thermique du béton, qui emmagasine la chaleur ou la fraîcheur et la restitue avec un déphasage. Ils l'accentuent, même, puisqu'ils ont utilisé des blocs de béton pleins.

Le couple est parvenu à construire un thermos, sans aucune communication entre mur chaud intérieur et mur froid extérieur. «Et contrairement à ce que l'on peut croire, cela ne coûte pas plus cher de construire comme ça! ajoute Joël. On fait des choix dans le budget, c'est tout. »

225000 euros, hors terrain. Plutôt raisonnable, pour une maison de 100 m2. Une maison qui ne devrait plus coûter grand-chose en terme d'énergie...

www.maison-passive.be

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