ENTRETIEN

Wilmots: "Pour la Mannschaft, c'est du sérieux"

Wilmots: "Pour la Mannschaft, c'est du sérieux"

(photo Belga)

INTERVIEW | Marc Wilmots passe des vacances familiales tranquilles à Bordeaux. Qu'il interrompra demain pour commenter Allemagne - Belgique... à la ZDF.

Marc, vous serez donc à Nuremberg ce mercredi?
Vous m'auriez posé la question il y a peu, j'aurais répondu : nein, je suis en vacances. Mais la 2e chaîne allemande, la ZDF, m'a non seulement proposé de commenter le match en compagnie de Horst Hrubesch, mais aussi de venir me chercher mercredi après-midi et de me ramener jeudi matin en avion privé. Comment refuser? Ils veulent un Belge un peu connu en Allemagne, avec Hrubesch qui a marqué les deux buts contre les Diables en finale de l'Euro 80 et a aussi joué au Standard. Ce n'est pas «un petit match» pour eux, c'est du sérieux.

Ce n'est pas vraiment le cas en Belgique, où aucune chaîne télé n'a, apparemment, prévu de le diffuser!
Pour les Allemands, il s'agit de l'unique sortie avant la Coupe du Monde. Ils alignent ce qu'ils ont de meilleur, hors blessures, une équipe un peu rajeunie par rapport à la finale de l'Euro. Chez nous, c'est au contraire un match qui tombe mal, on ne prépare rien. C'est juste un rendez-vous économique pour l'Union belge. La moitié de l'équipe est à Pékin, Kompany et Fellaini ont décliné, René (Vandereycken) y va parce qu'il n'a pas le choix. Restent quelques joueurs ayant intérêt à saisir leur chance, genre Sonck ou Buffel.

Vous avez pu suivre le match des Espoirs contre l'Italie samedi?
Oui, et j'ai passé un moment très agréable avec une Belgique qui va vers l'avant, un grand esprit de groupe, des joueurs à leur place, conquérants mais sachant se replacer, comme De Mul, parfois arrière droit, mais encore capable d'apporter le danger, c'est le résultat d'un système, d'une ambiance mis en place depuis trois ou quatre ans.

En quelques jours, le Standard contre Liverpool et les Diablotins ont montré la voie à suivre au football belge...
C'est évident. Ils nous rendent un peu de fierté. Je n'ai malheureusement pu voir le match des Liégeois, mais si j'ai bien compris ils auraient dû s'imposer 1 ou 2-0. J'étais convaincu qu'à Sclessin ils avaient les moyens de prendre Liverpool à la gorge. Donc, aussi transcendante qu'ait pu être leur prestation, on doit être déçu. C'est comme cela qu'on avance.
J'en reviens un instant à la Mannschaft. Au retour de l'Euro, elle a été fêtée comme une (quasi) championne d'Europe. Matthias Sammer, aujourd'hui directeur technique au niveau fédéral, s'en est offusqué : «On parle du football allemand, on est arrivé en finale, mais on a été battu, il n'y a donc rien à célébrer.» J'aime cette mentalité.
À dix, contre les Italiens, les Diablotins auraient pu jouer pour limiter les dégâts, or ils ont continué à «aller les chercher» comme si de rien était. Avec du caractère, en se serrant les coudes, c'est ce qu'on demande d'une équipe belge.

Pour jouer l'avocat du diable, il n'y avait pas un joueur de la Squaddra Azzura dans l'équipe italienne, et le premier but de Dembele a moins passé la ligne que sur la phase où l'on n'accorde pas le goal à Fellaini contre Liverpool, sans parler du troisième penalty refusé aux Italiens...
Je peux même ajouter que le gardien adverse se troue sur le deuxième de Dembele. C'est le côté négatif là où je veux voir le positif, la démarche d'une équipe où règne une vraie amitié, et la philosophie, d'un staff qui a construit ce groupe. J'ai beaucoup de considération pour ce qu'a réalisé Jean-François de Sart. Ses Diablotins ont affronté le Brésil dans le même état d'esprit que nous, au Japon, en 2002. Et ils ont joué sans médian défensif spécifique à 10 contre 11 face à l'Italie (NDLR : quand on en aligne trois chez les Diables).
Les critiques émises de Belgique? Elles viennent de gens frustrés qui veulent se donner de l'importance. Ils ont l'air malins. Bien sûr, un tournoi des moins de 23 ans n'a rien à voir avec les matches de l'équipe A. Nos jeunes valent ceux des autres, c'est déjà ça, mais il reste un fameux palier à franchir.

Kompany ne sera pas sur la pelouse de Nuremberg. Il s'est certainement donné un temps de réflexion par rapport à ce qui s'est passé en Chine?
Je ne vois pas pourquoi Hambourg aurait à ce point besoin de lui puisque c'est la Mannschaft qui joue. Daniel (Van Buyten), qui a livré un match correct avec le Bayern, est bien là. Une chose est sûre : l'Union belge n'a pas donné envie à Vincent de jouer pour elle, alors qu'il était prêt à prendre tous les risques. Après, c'est sa décision, et une question de personnalité.
Il ne fallait pas conclure ces accords bancals avec les clubs. On sélectionne pour l'ensemble du tournoi, ou pas, comme les autres fédérations. Tout le monde s'est rejeté la balle, la responsabilité de la FIFA et du CIO est énorme, et c'est le joueur, abandonné entre deux chaises, qui paie la note.