Sacrée comme prévu hier, record du monde à la clé, Isinbayeva continue de grimper centimètre après centimètre. Une progression très rentable pour une athlète intouchable.

Faute d'adversaires à sa hauteur, la Russe Yelena Isinbayeva avait perdu un peu de sa superbe entre 2006 et 2007 et la tsarine de la perche a eu besoin d'un nouveau défi : un changement de vie et d'entraîneur qui lui a permis de décrocher lundi son deuxième titre olympique. Comme en 2004 aux Jeux d'Athènes, elle l'a agrémenté d'un nouveau record du monde (5,05 m), le 24e de sa carrière (plein air et salle confondus).

Repue de titres et d'honneurs, capable de gagner un concours sur son premier saut, tant sa marge sur la concurrence était grande, Isinbayeva était tombée dans son propre piège, tarie, au fil d'une course devenue routinière et, il est vrai très lucrative, au record, centimètre par centimètre.

En 2006, elle décida de quitter son entraîneur Evgeny Trofimov pour travailler avec Vitaly Petrov, toujours très proche de son ancien protégé Sergei Bubka à qui Isinbayeva est souvent comparée.

La poupée russe, fille d'un plombier et d'une caissière de magasin, changea radicalement de vie : elle quitta ses parents pour s'installer à Monaco et s'entraîner dans la Principauté, à Formia, en Italie, mais aussi à Donetsk, centre de la galaxie Bubka. Dès son arrivée, Petrov décida de tout reprendre à zéro ou presque : «Elle savait sauter, mais en 2006, on s'est concentré sur sa course d'élan, puis l'année suivante sur son impulsion», détaille l'entraîneur ukrainien, installé en Italie.

Pendant qu'elle refaisait ses gammes, Isinbayeva continuait de régner sur la perche féminine, mais donnait l'impression d'être un peu perdue sur les sautoirs et dans sa vie. «Cela n'a pas été facile pour elle de quitter sa famille et ses proches. Elle s'est retrouvée dans un environnement nouveau, elle ne parlait pas la langue», justifie Petrov.

Et l'entraîneur ukrainien de remercier les concurrentes de son élève «de m'avoir laissé le temps de travailler et tout mettre en place». Le long travail, accéléré par l'émergence d'une sérieuse cliente, l'Américaine Jennifer Stuczynski (4,92 m), semble désormais terminé.

Mi-juillet à Rome, Isinbayeva a battu son premier record du monde en plein air depuis trois ans avec un bond à 5,03 m. Puis elle a repris sa marche infernale, améliorant deux fois cette marque d'un centimètre, à Monaco deux semaines plus tard et ce lundi à Pékin, pour se rapprocher avec 24 records du monde de ce qui la motive encore peut-être plus que les JO 2012: dépasser les 35 records du monde de Bubka.

«J'aime me sentir seule au sommet, c'est trop cool, confiait-elle après son triomphe, j'espère pouvoir garder cette position le plus longtemps possible. Il y avait beaucoup de tension dans le public au moment de mon saut (pour le record du monde, NDLR), je l'ai senti, j'ai bien aimé. J'essaie de montrer que personne ne peut avoir raison de moi.

Mon but, c'est bien de battre le record du... nombre de records du monde de Bubka et j'ai encore quatre ans pour y arriver. Mes rivales me poussent, elles me mettent en colère comme Jennifer (Stuczynski qui avait affirmé qu'elle allait la battre à Pékin). On a vu ce qui s'est passé aujourd'hui. Je n'aime pas dire des choses, je les fais, j'ai encore montré qui j'étais.»