Comme Angelica l'an dernier, la menace d'expulsion qui plane sur l'Équatorien Rothman Salazar fait les gros titres. Et les autres?

Depuis deux jours déjà, l'expulsion de Rothman Salazar, un jeune équatorien de 19 ans en situation irrégulière, fait les gros titres de la presse, dans l'attente de l'arrêt que devait rendre le conseil d'État quant à son expulsion. Presse écrite, radio, télévisions évoquent le cas de ce jeune homme (et de sa famille) arrivé voici 6 ans en Belgique et dont une demande de régularisation introduite en 2006 a été rejetée par l'Office des Étrangers. Un cas isolé Salazar Rothman, pour que son cas soit porté sur la place publique? Que nenni.

Chaque jour de l'année, une quinzaine d'irréguliers sont renvoyés dans leur pays d'origine. Et on y trouve de tout : isolé, couple, famille avec enfant (s) qui ont vu leur demande de régularisation rejetée. Ceux-là, ils décollent un jour dans l'anonymat le plus complet, alors qu'eux aussi étaient parfois installés en Belgique depuis plusieurs années, avec une intégration exemplaire, tant sur le plan linguistique que scolaire pour les enfants.

Alors pourquoi évoquer ce cas là plutôt qu'un autre? «Ça, il faut le demander aux médias... sourit la porte-parole de l'office des étrangers, Dominique Ernould. Plus sérieusement, l'actualité n'est pas des plus fournies. Du coup, une action plus spectaculaire ou un dossier qui engage le sort d'une famille peut effectivement présenter une certaine charge émotionnelle. Et c'est ce que recherche le public. Le cas de la petite Angelica, survenu en juillet 2007, relève de la même logique. L'affaire avait éclaté en pleines vacances d'été, lorsque l'actualité est traditionnellement plus pauvre... En période d'activité normale, ce dossier aurait très bien pu passer inaperçu.»

Le bon profil?

Une famille sans histoire mais menacée, une intégrité reconnue, une bonne scolarité: Rothman Salazar, Angelica : le bon «profil» pour faire les infos? «Oui, peut-être, concède France-Arets, porte-parole du Collectif de résistance aux centres fermés pour étrangers (CRACPE, qui n'est pas intervenu dans le dossier Salazar). Il existe des situations pour lesquelles le public est plus sensible. Et les enfants menacés d'expulsion en sont un exemple. D'ailleurs les manifestations qui marchent le mieux sont celles qui portent sur ces thèmes. Celle organisée en 2006 devant le centre fermé de Vottem sur l'enfermement des enfants avait rassemblé 3000 personnes. Alors que traditionnellement, on parvient à en réunir 1000 ou 1 500...» Mais la porte-parole du CRACPE le dit sans ambages : il est impossible de parler de tous les cas d'expulsion. Et l'objet n'est certainement pas non plus de lutter pour l'un ou l'autre, mais bien de lutter pour la régularisation de tous les sans-papiers et la fermeture de tous les centres fermés. Mais, oui, si un cas est jugé plus exemplatif il trouvera plus facilement sa place dans les colonnes de la presse «qui se montre aussi très réactive, il faut le dire.»

Mais nul doute que le Pakistanais enfermé seul au 127 bis après avoir été arrêté alors qu'il mendiait dans la rue doit se demander, comme tant d'autres, lorsqu'il regarde la télé : «Et pourquoi on ne parle pas de moi?» Car dans tous les cas, la détresse humaine, elle, est bien réelle.