Mehboba Ahdyar, une athlète afghane en fuite

Mahboba Ahdyar s'entrainait dans des conditions difficiles à Kaboul. La riche Europe l'a fait craqur. (photo Reuters)

VIDEOS | Mehboba Ahdyar devait courir voilée les 800 et 1500m des JO. Elle court désormais dans la nature, fuyant l'intégrisme musulman.



Kaboul. Sur la piste cendrée, des baskets de seconde main soulèvent la terre battue. Voilée, en survêtement long, Mehboba Ahdyar multiplie les foulées dans le stade où les femmes étaient lapidées pour infidélités sous le régime taliban. Inscrite au 800 et au 1500m, la jeune femme de 19 ans devait être la seule athlète afghane aux Jeux de Pékin. Chronométrée à plus d’une minute des meilleures, elle allait en Chine «pour battre son record et représenter l’Afghanistan».

Mais en juillet, la jeune fondeuse a disparu de la base d’entraînement italienne où elle s’exerçait grâce au programme de solidarité du CIO. On a craint le pire: un enlèvement islamiste. Mehboba a fui, simplement.

Si l’agence chinoise Xinhua annonçait sa présence à Pékin pour la cérémonie d’ouverture, Mehboba Ahdyar courra plutôt pour sa liberté que pour son pays, lors des éliminatoires du 1500 féminin. Elle a demandé l’asile politique à la Norvège. Et a dit à ses parents qu’elle ne comptait pas revenir à Kaboul. Sans doute les terres européennes se sont-elles avérées plus tentantes que le stade olympique pour la jeune athlète dont le seul voyage à l’étranger était une visite au Pakistan.


(Reportage à Kaboul de la WebTV JourneyMan Pictures)

Désertion d’athlètes: sport olympique

On peut la comprendre. S’entraînant avec les moyens du bord depuis son record national sur 1500m, la jeune femme subissait les outrages et les insultes de son voisinage. Son père a même connu la prison:  les visites de journalistes occidentaux se multipliant, les voisins se faisaient de plus en plus soupçonneux. Les menaces de mort des Talibans ont fusé. «C’est une prostituée qui fraye avec l’étranger», entendait-on dans le quartier, où les rumeurs s’acheminent bien plus vite que l’eau non courante.


(Reportage de la télé anglaise CBC News)

«Allah et son prophète Mahomet exigent qu’hommes et femmes aient les mêmes droits, défendait Mehboba en début d’année au micro d’une web TV anglaise indépendante. Ce n’est pas le cas en Afghanistan. En sport, si un homme est bon et devient célèbre, il reçoit la considération et le respect de la société. Pour une femme, c’est le contraire: le peuple a une mauvaise opinion d’elle et les ragots se multiplient. Certains disent que les femmes devraient rester à la maison.» Mehboba aime trop la course pour cela.

Elle court désormais dans la nature. Comme d’autres athlètes qui profitent de compétitions internationales pour déguerpir de régimes totalitaires. Ainsi les boxeurs cubains combattent-ils pour leur liberté. Ils fuient l’éducation à la dure et les cacahuètes honorifiques de Fidel Castro vers les dollars des parieurs américains. Les parents de la fondeuse afghane, impuissants, l’attendent dans les décombres de Kaboul. Si Mehboba ne regagne pas le pays, eux-même courront… le risque de la prison.

Julien RENSONNET