Une pénurie de bouteilles menace le secteur brassicole belge. En cause, la restructuration du secteur verrier?

À moitié vide, ou à moitié pleine, la bouteille? Les brasseurs belges, pour l'instant, ne se posent plus guère la question. Parce que les bouteilles leur manquent. Et que dès lors, la tendance est plutôt à la morosité, dans l'ensemble du secteur. Car la sortie de crise ne semble pas proche.

Tous sont touchés, des plus petits aux plus grands. «Ce sont surtout les « Steinie » de 33cls qui nous manquent pour l'instant» explique Michael Pelsser, de la brasserie de l'abbaye du Val-Dieu à Aubel. Mais les autres formats - la «Christmas» et l'«Apo» de 25cl, ou la «bouteille belge» de 75cl - se raréfient également. Au point que même un groupe comme InBev «insiste pour faire rentrer au plus vite les casiers de bouteilles vides vers les sites de production» relate Liane Verhoeven, porte-parole du géant brassicole. La mesure ne peut évidemment suffire : si, dans notre pays, les bouteilles de bière sont pour la plupart consignées, et reviennent aux producteurs, toutes les bouteilles vouées à l'exportation ont la poubelle ou la déchetterie pour destination finale. Le secteur est donc demandeur d'énormes quantités de bouteilles : la brasserie du Bocq, par exemple, y consacre à elle seule un budget annuel de 150000 à 200000 euros.

Trop peu rentable?

Ce poste budgétaire est-il amené à exploser? «On ne peut l'exclure» avance Jacques Borsu, qui est en charge des achats de la brasserie et, à ce titre, est en contact régulier avec les intermédiaires qui représentent le secteur verrier. «Ce secteur vient de vivre une profonde restructuration qui n'a laissé subsister que trois grands groupes en Europe. Ces producteurs, dit-on, considéreraient que certaines activités sont plus rentables que d'autres. Et la production de bouteilles n'est manifestement pas la plus intéressante.»

D'où la pénurie actuelle? D'autres avancent une explication différente : le mois d'avril exceptionnellement chaud que nous avons connu, et qui a fait exploser les ventes beaucoup plus tôt que prévu. Peut-être le secteur verrier n'était-il pas prêt à faire face à la demande accrue à ce moment-là?

Il n'empêche, la méfiance est de mise : la plupart des brasseurs s'attendent à une augmentation du prix de la bouteille, «mais s'il dépasse les 10 centimes demandés pour la consigne en Belgique, cela deviendra problématique» estime Michael Pelsser. Au Val-Dieu, on envisage donc de mettre une partie de la production en fûts. Le recours plus systématique aux canettes fournirait-il une alternative? «N'oubliez pas les 9,80 euros d'écotaxes à l'hectolitre» rappelle Jacques Borsu.

Reste donc aux brasseurs à attendre la sortie de crise. Les plus gros pourront «faire face à l'orage». Mais pour les plus petits, il serait préférable que l'orage ne dure pas trop longtemps. Certains en sont à demander à des brasseurs plus importants d'embouteiller tout ou partie de leur production. Mais comme ceux-ci sont déjà en manque...