Mujangi Bia: viré en Mauve, heureux en Zèbre

(photo Belga)

Geoffrey Mujangi Bia (18 ans) est en train de devenir une attraction. Pourtant, une erreur de jeunesse l'avait écarté d'Anderlecht.

Il n'a pas 19 ans et son talent est en train d'éclater à la face du championnat belge. Geoffrey Mujangi Bia, le médian belgo-congolais de Charleroi n'avait que trois apparitions en D1 à son compteur avant cette saison, mais aujourd'hui on comprend mieux pourquoi Jacky Mathijssen le tenait en très haute estime. Et pourquoi Mogi Bayat avait lancé que l'ancien jeune d'Anderlecht serait «le meilleur transfert carolo». Tracassé par des problèmes aux adducteurs, il a dû patienter jusqu'en décembre. Mais dès sa première apparition, en décembre au Standard (5-1), il a fait sensation en trompant Espinoza d'une magnifique bicyclette. Régulièrement titulaire depuis, Mujangi Bia, qui avait aussi marqué un but au CS Bruges (3-1), a sans doute livré à Dender, samedi passé, sa prestation la plus complète. En alliant les exploits individuels (dont un nouveau but respirant la classe) et les gestes collectifs. Le natif de Kinshasa, qui dit avoir appris le foot «dans la rue» a vécu à Zellik et a joué à l'Union Saint-Gilloise avant d'être repéré par Anderlecht. Il a fréquenté l'école des jeunes de Neerpede où il a fait partie des meilleurs avec Vadis, Vanden Borre ou Kompany avant... de se faire virer. Suite à une erreur de jeunesse, paraît-il. Dont les circonstances restent assez floues. À tel point que la direction carolo, qui a eu le mérite de remettre Mujangi Bia (qui a signé un contrat jusque 2010 en août dernier) sur de bons rails, lui a interdit de s'exprimer en dehors des canaux officiels du club. Pour le protéger, sans doute. En tout cas, peu importent les soucis qui appartiennent au passé, le jeune garçon, pétri de qualités, s'épanouit au Mambour. Et ferait presque regretter à Anderlecht de s'en être séparé.

Il a fait partie de l'«élite» anderlechtoise

René Peeters, un des responsables de la formation anderlechtoise peut en témoigner: «J'ai bien connu Geoffrey. Nous avions formé un groupe "élite" et il en faisait partie. Il n'avait pas 16 ans, c'était un des plus jeunes, mais il avait des qualités footballistiques évidentes. Moi, je n'ai jamais eu le moindre souci avec lui. D'autant plus que c'est un garçon très intelligent, qui étudiait même en néerlandais, je crois (NDLR: depuis, Mujangi Bia a obtenu un diplôme de technicien commercial à Gosselies). Mais il y a eu certains événements extra-sportifs. Il était jeune, sans doute influençable. Et il a fait des bêtises. Apparemment assez graves pour que le club décide de ne pas le conserver. C'est dommage. Ce n'est pas à moi de rentrer dans les détails. Si quelqu'un doit en parler un jour, ce sera lui. Il avait les capacités pour percer chez nous. D'ailleurs il le prouve à Charleroi. Je suis ravi pour lui, d'autant que je l'appréciais vraiment. Je mentirais en disant que le Sporting ne peut pas avoir de regrets en constatant qu'un jeune de la maison parvient à éclore ailleurs, même si son cas n'est pas comparable à celui d'un Vadis qui était aux portes de l'équipe première, mais qui n'a pas eu de patience. L'exemple de Geoffrey nous oblige aussi à nous remettre en question. Des garçons comme lui, avec le même genre de soucis lors de l'adolescence, nous en auront encore. Peut-être faudra-t-il les gérer autrement. Ne pas en attendre de trop, trop vite. Ceci dit, si Geoffrey n'a pas choisi le chemin le plus facile, il mérite ce qu'il lui arrive.»

À Charleroi, il a mûri

À Charleroi où le garçon a débarqué après quelques mois sans club, c'est Mario Notaro, l'actuel adjoint de Thierry Siquet, qui s'occupait précédemment des Espoirs, qui l'a eu en charge. «Dès ses premiers entraînements voici deux saisons, on ne pouvait pas passer à côté de son talent, explique le T2 carolo. Ila d'abord fallu s'atteler à combler son retard de condition physique dû à son inactivité. Ce qui n'a pas toujours été facile à lui faire comprendre vu son amour pour le ballon. Mais depuis, et malgré quelques pépins aux adducteurs,etc, il n'a pas cessé de progresser. Il a un bagage technique largement au-dessus de la moyenne. Dans une action, son adversaire ne sait jamais s'il va aller à gauche, à droite, devant ou derrière. Et il faut être fort pour déceler qu'il est droitier. Aujourd'hui, à force de travail, son jeu s'est clarifié et il gomme tout doucement son côté individualiste. Peu importe son passé, nous n'avons pas eu le moindre souci avec lui. Il peut aller loin. Car son seul ennemi, c'est lui-même. Il n'en est qu'aux prémices de sa carrière et il doit avoir les capacités de se remettre en question.»

Geoffrey Mujangi Bia, à Anderlecht, à Charleroi ou ailleurs, et même s'il se tait, on n'a sans doute pas fini d'en parler...

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