Fourniret: "Je suis un être mauvais"

(photo Reuters)

REPORTAGE EN DIRECT DE NOTRE ENVOYE SPECIAL | Michel Fourniret a marqué cette première journée de procès. Le tueur présumé a refusé d'être pris en photo ou filmé, il est resté "bouche cousue" protestant contre le refus du huis clos. En outre, il a remis un texte destiné aux familles des victimes. Ce vendredi, il pourrait être amené de force au tribunal s'il refuse de venir siéger. Découvrez les extraits de la lettre.


L'ogre des Ardennes a rendu cette première journée de cour d'assises intense. Sa rébellion silencieuse a donné le ton du procès. Mais loin de se démonter, le président Latapie n'est pas rentré dans le jeu du tueur présumé et a même réussi à le faire rapidement parler.

Le président s'est moqué du petit message joliment emballé de Fourniret et destiné aux familles en lui disant par deux fois "c'est très joli, merci monsieur Fourniret". Enfin, le président n'a pas respecté la volonté de Fourniret qui demandait au président de prendre la parole à sa place face aux victimes. Mais Gilles Latapie a trouvé la parade en remettant l'exposé de Michel Fourniret à tous les avocats en fin de journée.

Un texte qui a évidemment rapidement circulé dans les couloirs du palais de justice et en salle de presse. (Découvrez ci-dessous les extraits).

La journée s'achève à Charleville par cette information: Michel Fourniret envisage de ne pas se rendre à son procès ce vendredi. Mais il semble que le tueur présumé n'aura pas le choix. Le président devrait le contraindre à se déplacer par la force s'il le faut.

Découvrez quelques extraits du texte de Michel Fourniret:

Le tueur en série présumé entame son exposé par ces mots, écrits de sa petite écriture: "Aucune des personnes réellement concernées par ce procès ne peut espérer en sortir indemne. C'est à elles, et à elles seules que je veux m'adresser".

Il poursuit par son préambule: "Difficile de prendre la parole quand tout ce qu'on a à dire n'est pas plus beau que le silence. Mais, le droit de garder le silence n'est pas donné à quelqu'un qui, ayant dû prendre la décision de boy-cotter (sic) ce procès, se devait de venir exposer les raisons qui ne lui ont pas laissé le choix".

Fourniret dénonce la tenue publique de la cour d'assises. "La théatrabilité qui va bafouer la dignité des victimes directes et indirectes de mes actes".

Il se décrit comme "un être mauvais et dénué de tout sentiment humain"

Le tueur présumé réaffirme aussi "mon espoir très vif de rencontrer les familles [...] une telle rencontre me tient à coeur".

Le principal accusé dénonce le texte de mise en accusation: "c'est 110 pages truffées d'erreurs parfois énormes" dit-il. Il explique ces erreurs par le fait qu'un rapport d'instruction erroné n'a pas été mis de côté, comme il le souhaitait. C'est d'ailleurs l'une des raisons pour lesquelles il veut "boy-cotter le procès"

L'ogre des Ardennes souhaite également mettre les choses au point concernant les affaires non-élucidées qu'on souhaite lui mettre sur le dos. "J'obéirai au devoir de ne pas bercer d'illusions les familles Mouzin, Domece et Parish, ni les autres personnes [...] concernées par d'autres affaires non-élucidées".

Michel Fourniret a écrit quelques mots pour ses avocats qu'il avait remerciés. Il les invite à "décliner une commission (Sa défense, ndlr) qui les voue à une présence réduite à un rôle de potiche, indigne de leur qualité. [...] il n'y aurait pas de grandeur à défendre ce qui est inexcusable". Fourniret va plus loin en usant pour la deuxième fois en quelques pages d'une même citation "si ce que vous avez à dire n'est pas plus beau que le silence, taisez-vous".

Le tueur présumé s'en prend ensuite "aux personnes avides de sensationnel". Il déclare ne pas avoir commis d'autres crimes. "...hormis une tentative d'homicide sur la personne d'un professionnel de la santé, fait sur lequel jamais personne ne m'a entendu, le placard de ma conscience, grand ouvert, est vide".

Enfin, il s'arrête sur le cas de son épouse Monique Olivier. "Non seulement M.O. ne fut pour moi qu'un objet que mon absence de scrupule manipula constamment par un jeu pervers consistant à dire à une pauvre paumée romanesque ce qu'elle avait soif d'entendre par besoin de compatir elle aussi, mais c'est constamment que je la frappais".

A Charleville-Mézières,
Olivier Deheneffe