Le deuil de l'enfance

Quatre ans après «Ensemble, c'est tout», Anna Gavalda revient avec un nouveau et touchant roman de plus de 600 pages, «La Consolante».

P ourquoi Anna Gavalda écrit-elle des livres si épais? Elle avait pourtant bien commencé en 1999 avec un recueil de nouvelles, Je voudrais que quelqu'un m'attende quelque part, couronné par un vrai succès public d'autant plus inattendu que son auteure était complètement étrangère au monde littéraire. Ont suivi Je l'aimais, long dialogue entre un homme et sa belle-fille, un roman pour ados, 35 kilos d'espoir, et le désormais bien connu Ensemble, c'est tout, six cents pages très aérées transposées au cinéma par Claude Berri.

Confortée par le succès de ce récit des aventures quotidiennes de quatre hommes et femmes dans Paris, cette mère de famille - elle insiste régulièrement sur ce point - née en 1970 et restée fidèle à son éditeur malgré les sirènes financièrement plus aguicheuses qui ne doivent pas manquer de retentir, remet ça avec son nouveau roman. «Anouck est morte.» C'est par ces trois mots que Charles Balanda apprend la mort de celle qui, enfant, a tant compté pour lui.

Elle était la mère de son ami d'enfance qu'il ne voit plus depuis leur rupture survenue une vingtaine d'années plus tôt. Dès ce moment, ce directeur d'une agence d'architecture sans cesse en voyage, au point de négliger sa compagne et la fille de celle-ci, ne vit plus. Ou plutôt, il vit dans ses souvenirs, délaissant son travail et ses proches, pris dans une infernale spirale dépressive. Il tente bien de reprendre contact avec son vieil ami, mais peut-on réveiller le passé?

La Consolante est encore une fois une histoire profondément humaine, trop délayée, trop bavarde, mais touchante par sa sincérité et son absence de malice, de calcul ou de prétention, ce qui distingue son auteure de nombre d'écrivains de sa génération (Moix et consorts). Même si, non sans maladresse, elle n'hésite pas à se mettre elle-même en scène quand elle parle du bonheur.

Gageons que cette déambulation introspective va toucher un vaste lectorat sensible au naturel du style, tant dans la description des pensées intimes du personnage principal que dans les échanges lourds en silences, hésitations, interjections, bribes de phrases non abouties.

Un texte sans exotisme ni coups de théâtre, traitant tout simplement et avec beaucoup de justesse des sentiments qui nous habitent, l'amour (et le désamour), l'amitié (et sa perte), le parfois difficile rapport à l'autre (d'autant plus si il/elle est d'une génération différente), le ressentiment, l'espoir, la colère, l'impression de se sentir déplacé, en décalage, la honte aussi. De la vie telle qu'elle va, en définitive.M.P.

Anna Gavalda, «La Consolante», Le Dilettante, 637 p., 24,50 €.