Échapper au Bambi Bar

Depuis bientôt vingt ans qu'il publie des romans et pièces de théâtre, Yves Ravey s'est constitué un noyau de lecteurs assidus et fidèles, heureux de retrouver dans chacun de ses livres une histoire intrigante et succincte développée avec un mélange de simplicité et de raffinement où, toujours, l'être humain est au centre.

Le Cours classique, Alerte, Moteur, Le Drap ou, plus récemment, Pris au piège partent tous d'un état de fait qui est ensuite observé sous ses différentes faces, décortiqué dans ses multiples composantes pour être subtilement conduit vers son aboutissement.

Le véritable objet de Bambi Bar ne nous est pas révélé d'emblée, ce qui entraîne le lecteur sur une fausse piste pendant la première moitié du roman. Quels sont les mobiles du narrateur, un solitaire nommé Léon Rebernak qui semble bien être, comme le soupçonne la police, responsable d'un accrochage avec un vélo - des traces de peinture sur sa voiture en témoignent? C'est donc probablement lui aussi qui s'est introduit dans les vestiaires du Bambi Bar, un peep-show face à son immeuble, effrayant la jeune fille qui s'y changeait. Est-il un «vieux lubrique», lui qui passe une partie de son temps à observer avec des jumelles ses voisines d'en face - une mère et sa fille? Pas du tout: son comportement répond au contraire à un motif profondément généreux.

De ces phrases courtes, descriptives, dépourvues de toute psychologie, d'une simplicité presque banale, se dégage une forme d'émotion liée à l'intérêt porté aux personnages. Livre après livre, dans une langue travaillée mais sans affectation, Yves Ravey confirme ainsi qu'il est aujourd'hui l'une des valeurs sûres des Éditions de Minuit où est né il y a un demi-siècle le Nouveau Roman.

Yves Ravey, «Bambi Bar», Minuit, 91p., 9,80€.