Georges Jobé: "Je me suis vu mourir"

Georges Jobé remarche, certes, mais chaque geste a son prix. (Photo d'archives Belga)

INTERVIEW | Gravement accidenté en décembre à Dubaï, Georges Jobé mène un combat quotidien pour retrouver une vie «normale». Et il souffre.

Georges, début décembre vous étiez victime d'une grave chute dans les dunes de Dubaï qui vous laissait quasi paralysé. Vous avez quitté l'hôpital le 24janvier et contre toute attente, on vous a revu la semaine dernière - avec des béquilles, certes - , sur les bords d'un circuit de motocross à Bilstain. Tout va donc bien?
Pas vraiment. C'est même plutôt un combat quotidien et permanent. 24 heures sur 24. Physiquement et moralement. La douleur est une chose, mais j'en avais déjà tant vu qu'elle ne peut plus m'arrêter. C'est du côté mental que c'est le plus dur. Car il faut vraiment se forcer pour aller chaque matinau charbon pour gagner quelques petits centimètres de mobilité, malgré des nuits blanches à cause des spasmes incontrôlables, sortes de crampes, dont tout mon côté droit est victime dès que je somnole. Mais je n'ai pas le choix: gym, kiné ou piscine, je dois me battre si je veux pouvoir refaire un jour les petits gestes de la vie quotidienne...

Où en êtes-vous exactement dans votre récupération?
J'ai presque tout recommencé à zéro. Le moindre mouvement est un effort pour moi. Lever mon bras, manger, me laver, prendre quoi que ce soit en main, toutes ces choses usuelles pour le commun des mortels sont très difficiles pour moi. Mais chaque progrès est une sacrée victoire. Hier, par exemple, j'ai enfin su lever un poids de 1kg au-dessus de ma tête. Impensable il y a peu. Ou je sais depuis peu à nouveau me brosser les dents seul. Formidable! Et je travaille pour savoir - demain, après-demain, un jour? - gagner encore un peu de hauteur et me recoiffer seul aussi.

Quel est le discours médical à votre propos? Vous pouvez espérer regagner une mobilité totale?

Les médecins ne s'avancent pas. Certains trouvent que c'est magnifique de déjà me voir debout, d'autres m'ont traité d'inconscient de vouloir aller si vite. On m'a dit que j'en faisais trop, on m'a culpabilisé de faire tant d'efforts... mais ils ne sont pas à ma place! C'est comme pour les spasmes: personne ne se prononce sur leur raison encore moins sur leur durée.
Au final, une chose est sûre: la médecine et moi, ça fait vraiment deux. Et sans vouloir créer de polémique, je suis convaincu que si j'avais adopté le rythme, les méthodes et les produits préconisés par certains, j'en serais beaucoup moins loin dans ma récupération. Me bourrer de médicaments, très peu pour moi! J'en ai trop vu se détériorer autour de moi à cause de cela, en croyant peut-être qu'ils allaient tout résoudre. Pensez: «ils» m'avaient déjà commandé mes médicaments jusqu'en mai. Sans savoir comment mon état allait évoluer! D'ailleurs je n'ai pas peur de le dire: pendant mon séjour hospitalier, la moitié de mon bac à pilules quotidien volait à la poubelle. J'ai plutôt écouté mon corps qu'une certaine forme de médecine et je m'en félicite tous les jours.

Vous vous êtes vu paralysé?
J'ai eu le temps, oui, peu après l'accident quand j'étais sur mon lit d'hôpital à Dubaï. Je ne savais plus rien bouger et, alors, la tête ne peut s'empêcher de gamberger. Mais j'étais autant décidé à me battre que... content d'être là.

Content, vraiment?
Oui, parce que j'étais vivant. Car quand la moto m'est retombée dessus après ma chute (une banale cabriole comme j'en avais fait des milliers...), je suis resté deux minutes sans pouvoir respirer. Et là, je me suis dit: «c'est fini, tu crèves...». Puis comme un instinct de survie, je me suis forcé à rester calme, presqu'à attendre que ma respiration revienne. Et elle est revenue. Mais oui, je me suis vu partir. J'étais dans le couloir comme on dit... Et j'en ai longtemps été angoissé, à l'hôpital ensuite. Depuis, je revis, au propre comme au figuré.

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