Editorial par Pascal Belpaire, Rédacteur en chef

L'énigme Leterme

L'énigme Leterme

(photo Belga)

Enfin. Yves Leterme était livide, hier, lors de la journée qui l'a vu, enfin, devenir Premier ministre. Sortant de neuf mois de galères politiques, relancé obstinément malgré ses échecs de formateur, et par ailleurs rescapé d'un sérieux couac de santé, le leader du curieux attelage CD & V-NV-A arrive, enfin, au 16, rue de la Loi. Convalescent et le ton pâle, il prend, enfin, les rênes du pays.

Il aurait pu être le symbole parfait de nos belgitudes. Cet homme-là avait tout pour plaire, né dans un berceau multiculturel où le parler Ch'ti se mêle au platte vlaams. C'est là qu'il a grandi, sur ces terres bâtardes et voisines du Hainaut occidental et de la Flandre-Occidentale, avec le nord de la France à l'horizon. L'énigme reste entière au terme des mois fous qui se traînent depuis les élections du 10 juin. Comment Yves Leterme a-t-il pu méconnaître à ce point les francophones du pays  ? Comment a-t-il pu se laisser hypnotiser par les sentences des Bart De Wever et consorts  ? Comment a-t-il pu rester aveugle et sourd devant les craintes qu'il suscitait au sud du pays  ?

Si le mystère reste entier, voici néanmoins, envers et contre tout, Yves Leterme Premier ministre de la Belgique fédérale. À la tête d'un gouvernement qui doit encore trouver sa cohérence plutôt que d'afficher une juxtaposition d'accents de centre-gauche et de centre-droit. À la tête d'une équipe ( ?) qui s'est entre-déchirée jusqu'à l'ultime discussion sur l'attribution des ministères. À la tête d'un pays marqué par les fêlures et apeuré devant son propre avenir.

À l'aube d'un week-end de Pâques hivernal, le gouvernement Leterme Ier ne fera pas le printemps. Car il ne fait pas rêver. Mais l'opiniâtreté, l'acharnement même, dont Yves Leterme a fait preuve pour parvenir au sommet de l'État doivent laisser espérer qu'il usera de toutes ses forces pour ragaillardir enfin  ! notre pays qui s'éteint.

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