Suicide? Euthanasie? Mort naturelle? On ignorait hier les raisons du décès de Chantal Sébire. Mais sa mort relance le débat sur la fin de vie.

Le mystère sur les circonstances de la mort de Chantal Sébire, dont le corps a été découvert par sa fille mercredi à son domicile de Plombières-les-Dijon (Côte-d'Or), restait entier jeudi alors que se posait, selon la Justice, la question de son «autopsie».

Suicide? Mme Sébire y était «violemment hostile».

Euthanasie active? Elle la souhaitait avec force depuis des semaines mais la Justice, conformément à la législation en vigueur, l'a refusée lundi dernier.

Alors décès naturel? Chantal Sébire «souffrait d'une maladie potentiellement mortelle», une «esthesioneuroblastome», maladie orpheline et incurable, a rappelé jeudi à l'AFP son médecin traitant Emmanuel Debost.

Jeudi, le procureur de la République de Dijon, Jean-Pierre Alacchi, «en l'état actuel des investigations», n'avait toujours pas tranché. «Il n'y a à cette heure pas d'éléments suffisants» pour déterminer les causes de la mort de Mme Sébire, a déclaré Alacchi à l'AFP, reportant ainsi toute communication officielle.

Une autopsie était dès lors envisagée. «S'ils font l'autopsie c'est honteux», s'est insurgé Me Gilles Antonowicz l'avocat de Chantal Sébire. «Si Mme Sébire s'était jetée dans le canal (de Bourgogne) tout proche de son appartement, il n'y aurait pas eu d'enquête et là ils feraient une autopsie comme ils l'ont faite pour le fils de Marie Humbert» qui avait aidé son fils tétraplégique à mourir en 2003, a encore fustigé Me Antonowicz.

Au-delà de la très forte émotion suscitée par la médiatisation dès fin février de ce douloureux dossier, le cas de Chantal Sébire aura, cinq ans après l'affaire Humbert, relancé le débat sur l'euthanasie active légale comme elle est pratiquée dans plusieurs pays d'Europe, dont la Belgique. Un médecin belge avait d'ailleurs proposé à Chantal Sébire de l'euthanasier. Le Professeur Pete Hoebeke, avait proposé à Chantal Sébire de l'euthanasier tout en rappelant que la Belgique, «et son hôpital en particulier», n'a «pas l'ambition de devenir le thanatorium de l'Europe», selon Le Monde daté de vendredi. Ce médecin à l'hôpital universitaire de Gand explique que «cinq patients étrangers en grande souffrance se sont fait euthanasier» en Belgique depuis 2002, en vertu de la législation européenne sur les soins prodigués à l'étranger.

La France va se pencher sur le délicat dossier de l'euthanasie. Le Premier ministre François Fillon a chargé le député UMP et cardiologue Jean Leonetti d'une mission d'évaluation de la loi de 2005 - qui porte son nom et a été votée à l'unanimité - relative au droit des malades et à l'accompagnement en fin de vie.

La nouvelle secrétaire d'État à la Famille, Nadine Morano, a déclaré jeudi «à titre personnel» qu'elle était favorable à la création d'une «commission nationale d'euthanasie à qui reviendrait le soin d'examiner les cas exceptionnels graves».

Pour la ministre de la Justice, Rachida Dati, il y a des «adaptations nécessaires» à la loi Leonetti de 2005 sur la fin de vie, qui «a besoin d'être évaluée».

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